Tous les 15 jours, une langue autochtone disparaît

6700 langues sont parlées à travers le monde. Tous les 15 jours, l'une d'entre elles disparaît. Voilà pourquoi.

Langues autochtones sont gravement menacées

Parmi les 6.700 langues parlées à travers le monde, 2.300 sont en danger ou en voie de disparition. Premières victimes : les 4.000 langues autochtones.

« C’est une langue qui meurt. Et nous, nous voulons que davantage de personnes la parlent afin qu'elle ne disparaisse pas », désespère Odeskkun Thusky, Canadien locuteur de l’algonquin, dialecte autochtone. Depuis toujours, les langues autochtones>langues autochtones(target="_blank") naissent, vivent et meurent, mais leur disparition s’est accélérée pour trois raisons principales : la colonisation, la discrimination à l’école et le « suicide linguistique ».

La colonisation

Lors de la conquête des Amériques, par exemple, de nombreuses langues ont disparu à cause des massacres, des maladies er des famines. « Le cas des États-Unis qui est un cas de perte accélérée : 45 % des langues ont disparu entre le temps de la colonisation et le XXème siècle », développe Colette Grinevald, linguiste spécialiste des langues menacées. Avant l’arrivée des colons occidentaux, la Californie était la région du monde avec la plus grande diversité linguistique.

La discrimination à l’école

Dans de nombreux pays, l’école a dévalorisé, voire éradiqué, les langues autochtones au profit de la langue officielle. C’est le cas avec le français en Nouvelle-Calédonie, l’anglais au Canada, ou l’espagnol en Bolivie. « La colonisation n’a pas mis à l’honneur la diversité et la différence. Pour les peuples indigènes du Canada, cette expérience a surtout été synonyme d’humiliation, de négligence et d’abus », a reconnu Justin Trudeau, Premier ministre canadien.

Le « suicide linguistique »

Pour faire face aux discriminations, s’insérer dans la société ou offrir un avenir à leurs enfants, de nombreux autochtones ont abandonné volontairement leur langue d’origine au profit de la langue dominante. « Il y a une mondialisation qui, lorsqu'elle n'est pas pensée, lorsqu'elle n'est pas régulée, amène à la disparition de langues autochtones », précise Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco.

« Quand on voit que les publications scientifiques sont à 95 % en anglais, ça a des conséquences sur la production du savoir, sur la diffusion du savoir. Et quand la population vit de plus en plus dans les grandes villes, il y a une perte de cette diversité qui va avec la relation à la nature et à la terre », ajoute Audrey Azoulay.

Le Brésil et la Bolivie particulièrement touchés

L’une des régions du monde les plus riches en termes de diversité linguistique est aussi l’une des plus sinistrées : l’Amazonie. « Quand nous perdons notre langues, nous perdons nos valeurs. Nous sommes dépossédés de nos valeurs et de notre identité », constate tristement Yamalui Kuikuro, membre de la tribu des Kuikuro.

Au Brésil, la déforestation massive a fait disparaître de nombreux peuples autochtones, et avec eux, leurs cultures millénaires. D’ailleurs, pour certains chercheurs, biodiversité et diversité linguistique sont intimement liées. « Là où vous avez la plus grande diversité biologique, vous avez aussi la plus grande diversité linguistique », assure Colette Grinevald.

La moitié des langues pourrait disparaître d’ici à la fin du XXIème siècle

Dans le monde entier, les autochtones et leurs descendants tentent de sauvegarder leur identité qui appartient au patrimoine de l’humanité. Certains pays luttent même pour que ces langues ne tombent pas dans l’oubli, comme la Bolivie, seul pays d’Amérique du Sud à avoir élu un Amérindien à sa tête. « La langue, c’est l’identité et la culture, mais c’est aussi le symbole et l'idéologie des peuples. C’est une part du trésor que nos ancêtre nous ont légué », affirme Evo Morales, Président bolivien.

En Bolivie, les langues autochtones sont inscrites dans les programmes scolaires. Il existe mêmes des universités indigènes où les cours sont dispensés dans les trois principales langues : l’aymara, le quechua et le guarani. La France tente également de préserver son patrimoine, comme en Nouvelle-Calédonie, où plus d’une dizaine de langues kanaks sont enseignées dès l'école primaire. Selon les estimations de l’Unesco, la moitié des 6.700 langues parlées dans le monde pourrait disparaître d’ici à la fin du XXIème siècle.

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Brut.
11 février 2019 08:38