Tri à la frontière Ukraine-Pologne : des étudiants africains racontent

"Ils nous ont mis ensemble dans un coin." Voici les témoignages d’étudiants africains à la frontière Pologne - Ukraine.

“Ils nous ont frappés en disant : "Partez"”

Johanna, étudiante nigériane de 17 ans, vivait jusqu’à maintenant dans le pays. Étudiante en médecine en première année à l’Université nationale V. N. Karazin Kharkiv, elle a décidé de fuir lorsque la guerre en Ukraine a commencé.

Elle a pris quelques affaires, elle s'est mise en route, et voilà ce qu'elle a raconté de son épopée pour traverser la frontière avant d'arriver en Pologne. “C'était le chaos partout, donc j'ai été obligée de partir. J'ai pris un taxi pour qu'il me conduise à la frontière polonaise, et il m'a demandé beaucoup d'argent. Il était censé me déposer dans la ville de Medyka, mais il ne l'a pas fait. Il m'a dit: "Non, marchez un peu et vous verrez la frontière.""

“Alors on a commencé à marcher en pensant qu'on n'était pas loin de la frontière. On a dû marcher toute la journée, même plus que ça, toute la nuit. On avait très froid, très faim. On n'a pas du tout pu dormir.”

Johanna raconte à propos de la patrouille frontalière postée entre l’Ukraine et la Pologne : “Ils nous ont gardés sans raison, je ne sais pas pourquoi. Et ils laissaient passer les autres Ukrainiens. On est restés là plus de cinq heures. Une Ukrainienne est arrivée, elle n'a rien eu à dire et ils l'ont laissée passer.”

“Quand ils ont vu l'Ukrainienne arriver, ils nous ont même frappés pour qu'on la laisse passer. Ils nous ont frappés en disant : "Partez, partez, partez, laissez-la passer." Même si ce n'est pas notre pays, ça ne veut pas dire qu'on n'est pas humains.” Johanna a finalement pu traverser la frontière avec un groupe de femmes ukrainiennes.

Elle m’a dit “qu’elle avait le droit d’être dans ce train mais pas moi”

Des dizaines d'autres ressortissants originaires d’Afrique ont raconté une histoire similaire à notre reporter Nadège Justiniani sur la différence de traitement des réfugiés par les gardes frontières. Queen Alita Peter, une autre étudiante originaire du Nigéria habitant en Ukraine et rencontrée à la frontière raconte : “Quand on a entendu qu'il y avait eu une attaque, des bombardements et tout, on s'est dit que cette fois, c'était le moment de partir.”

Queen Alita Peter raconte ce qui lui est arrivé après être montée dans un train : “Une femme m'a vue et m'a dit de descendre du train, Sans raison. Je lui ai demandé pourquoi je devais quitter le train. Elle m'a dit que seuls les enfants et les femmes avaient le droit de prendre le train. Je lui ai demandé: "Et moi, je suis un homme ? Je suis aussi une femme. Elle m'a dit qu'elle était Ukrainienne, qu'elle avait le droit d'être dans ce train mais pas moi.”

“Ils ont réuni les noirs. Ils nous ont mis ensemble dans un coin”

D’autres femmes font état de propos similaires reçus. L’une d’entre elles qui a souhaité rester anonyme explique : “On a marché huit bonnes heures pour arriver à la frontière. Une fois à la frontière, ils ont réuni les noirs, ils nous ont mis ensemble dans un coin.”

“Pendant plus de trois heures, on est restés debout sans bouger. Ils nous ont laissés dehors. Les gens pleuraient, suppliaient. Ils n'ont ouvert la porte à personne. Ils nous ont laissés dehors deux jours avant de nous ouvrir la frontière.”

Une autre femme qui a également souhaiter rester anoynme s’est exprimée : “Arrivé au niveau de la frontière, la police de l'Ukraine décidait que tous les Ukrainiens soient évacués avant que les Africains soient aussi évacués. Donc ça donnait plusieurs bagarres au niveau de la frontière, parce qu'il y avait une accumulation d'Africains au niveau de la frontière.”

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Brut.