Le Marais poitevin: un écosystème menacé

"Les grenouilles, les libellules, elles ne sont plus là…" Le Marais poitevin, c'est toute sa vie, et il est témoin de son changement. Batelier, Julien raconte pourquoi cet écosystème unique et fragile lui paraît aujourd'hui en danger.

“Il y a plus de 200 pesticides différents qui ont été relevés ici”


“Les lentilles, elles ne sont plus là, les grenouilles, elles ne sont plus là, les libellules, elles ne sont plus là…” Julien est passeur-batelier dans le Marais poitevin, un site classé en France, qui se situe entre la Nouvelle-Aquitaine et le Pays de la Loire. “C’est une activité qui consiste à faire visiter ce territoire qui reste merveilleux. Je le fais depuis que je suis ado, depuis que j’ai 14 ans, et j’en ai 45. C’est le métier de ma vie”, explique Julien. Pourtant, il voit cet environnement se dégrader année après année. “Moi, j’ai appris à nager dans le marais avec un gilet de sauvetage et tous les ados avec moi. Aujourd’hui, j’interdis à mes filles de se baigner dans le marais, tellement la qualité de l’eau est craignos”, détaille-t-il.
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Des pesticides qui polluent l’eau et l'environnement


Pourtant, Julien se rappelle bien du Marais de son enfance. “Mes premiers souvenirs du marais, c’est l’été 1981. J’ai 5 ans et là, c’est magique, tu flottes, c’est un labyrinthe, tu ne sais jamais… tu ne sais jamais où tu es, tu as l’impression que tout se ressemble, et puis c’est des souvenirs de bestioles en pagaille, tu mets un coup d’épuisette, tu as tout ce que tu veux de têtards, de larves de libellules et compagnie, tu navigues au milieu des libellules, voilà, c’est des visions un petit peu paradisiaques et idylliques.”
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Mais maintenant, cet endroit naturel ne ressemble plus à ce qu'il était. “Il y a plus de 200 pesticides différents qui ont été relevés ici”, énumère Julien. “La cause, elle est claire et nette, c’est le type d’agriculture qui est pratiquée sur le marais et sur ces bassins versants. C’est la conséquence de tous ces pesticides et de tous ces nitrates qui vont ruisseler en excès et qui vont totalement détraquer le milieu aquatique et ça, c’est pas simplement une affirmation comme ça, c’est basé sur des études multiples.”
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“L’érosion de la biodiversité, c’est pas seulement au bout du monde”


Cette dégradation a des répercussions concrètes sur la biodiversité de ce lieu, et notamment sur les différentes espèces. “Le CNRS de Chizé, qui depuis 30 ans étudie les pratiques agricoles sur ce territoire, a démontré que 30 % des oiseaux communs avaient disparu, qu’on était sur des stocks de baisse de 70 % de la masse d’insectes (…). Il y a une des plus grandes héronnières de hérons pourprés de France qui est rasée en pleine période de nidification, sous prétexte de recréer des prairies, ils ont tapé dans des milieux beaucoup plus rares et beaucoup plus fragiles. Le héron pourpré, c’est une espèce qui est protégée au niveau européen et qui est vraiment en voie d'extinction, où le Marais poitevin représente un enjeu majeur.”
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“L’érosion de la biodiversité, ce n’est pas seulement au bout du monde, c’est là, chez nous. Dès qu’on sort le pas de la porte et qu’on est un peu attentif à tout ça, on se rend compte qu’il n’y a plus de papillons, il n’y a plus de sauterelles, enfin toutes les bestioles de bases, je parle pas d’espèces rares, je parles du commun qui s’écrabouille en 30 ans de temps”, conclut-il.
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Brut.