Assistants sexuels : le gouvernement ouvre le débat

Pendant ce temps-là, le gouvernement relance le débat sur les assistants sexuels pour les personnes en situation de handicap. Voilà comment ça marche et pourquoi certains s'y opposent.

Assistance sexuelle pour les personnes handicapées : le débat est relancé

Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, s’y est déclarée très favorable. Elle a même saisi le Comité consultatif national d’éthique sur le sujet.

« Je suis très favorable à ce qu’on puisse accompagner cette vie intime, affective et sexuelle », a déclaré Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées. Elle relance ainsi le débat sur ce sujet qui divise, même parmi les personnes concernées. Sophie Cluzel a par ailleurs annoncé avoir saisi le Comité consultatif national d’éthique. L’instance devrait apporter ses conclusions dans quelques mois.

« Les personnes en situation de handicap demandent de découvrir leur corps »

« Les personnes en situation de handicap demandent de découvrir leur corps au moins une fois, qu’on leur dise ce que c’est l’amour, ce que c’est que d’avoir des relations sexuelles. Il s’agit vraiment de retrouver confiance. On veut valoriser la personne dans la découverte et la reconnexion à son corps. Pour être plus équilibré, plus serein, plus apaisé », détaille l’écrivain Marcel Nuss. Lui-même lourdement handicapé par une amyotrophie spinale, il milite depuis plus de 20 ans pour que la France autorise un accompagnement sexuel adapté aux personnes en situation de handicap qui le désirent.

L’Association pour la promotion de l'accompagnement sexuel (Appas), qu’il a créée, met en relation des personnes en situation de handicap et des accompagnants sexuels formés par l’association. « Aujourd’hui, il y a déjà beaucoup de travailleurs du sexe qui rencontrent des handicapés. Le problème, c’est que tout est caché, tout se fait de façon hypocrite », témoigne Thierry Schaffauser, travailleur du sexe. En France, ces prestations sont en effet assimilées à de la prostitution, et la mise en relation à du proxénétisme. « La personne handicapée est de fait cliente d’une prostituée, donc on peut la pénaliser », résume Marcel Nuss.

Le Conseil national consultatif des personnes handicapées s’y dit favorable

Le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) se dit pour sa part favorable à la mise en place d’assistants sexuels pour les personnes le désirant. C’est ce que développe Jérémy Boroy, président du CNCPH : « Être assistant sexuel d’une personne handicapée, ça consiste à porter une attention sensuelle, intime ou sexuelle à une personne handicapée qui en fait la demande. L’assistance sexuelle, c’est aussi aider deux personnes à accomplir l’acte sexuel. Il y a beaucoup de personnes qui, sans cette aide, n’y parviennent pas. »

Toutefois, le Collectif lutte et handicaps pour l'égalité et l’émancipation (CLHEE), ne partage pas cet avis. « Pour nous, l’assistance sexuelle, c’est un pansement sur une jambe de bois, affirme Lény Marques, co-porte-parole du CLHEE. C’est arriver avec une solution miracle qui ne va rien régler du tout. À partir du moment où on vit dans une société où des milliers de personnes sont en institution et où l’accessibilité n’est toujours pas aux normes, quand on n’a pas accès à l’emploi, quand on n’a pas accès aux études, il faut aussi réfléchir sociologiquement. »

« Nous créer une solution spécifique, comme si on avait une sexualité spécifique »

« Les gens se rencontrent sur le lieu de travail, sur le lieu d’études, ou à travers la vie active, poursuit Lény Marques. À partir du moment où on rejette les personnes handicapées, on nous empêche d’agir sur la société comme des citoyens lambdas, on ne peut pas s’attendre à ce qu’on ait aussi les mêmes chances que les autres citoyens de ce pays. C’est, encore une fois, nous créer une solution spécifique, comme si on avait une sexualité spécifique, au lieu de nous permettre de vivre dans la société. »

Il conclut : « Il y a aussi un enjeu philosophique : est-ce qu’on considère que le sexe est quelque chose qui doit être garanti ? Pour le CLHEE, le sexe, c’est pas un droit de l’être vivant. Et si on regarde les gens qui demandent, l’extrême majorité, ce sont des hommes. Et l’extrême majorité des personnes qui font de l’assistance sexuelle, ce sont des femmes. À un moment, on voit aussi que se reproduit le concept patriarcal de base comme quoi les hommes expriment leur besoin et attendent que des personnes le leur donnent. »

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Brut.
10 février 2020 19:12