Comment Lionel enseigne la liberté d'expression à ses élèves

Lionel aussi est prof d'histoire-géo. Lui aussi enseigne à ses élèves la liberté d'expression à travers les caricatures. Et il continuera à le faire. Brut l'a rencontré à Conflans-Sainte-Honorine lors de l'hommage à Samuel Paty.

Hommage à Samuel Paty : témoignage d’un professeur

Il y a plusieurs jours, un professeur des Yvelines a été victime d’un attentat terroriste. Ce drame relance le débat sur la liberté d’expression. Brut est allé à la rencontre de Lionel, un professeur d'histoire-géo.

Il tentait d’enseigner la liberté d'expression. Le 5 octobre, Samuel Paty, un professeur d’histoire-géographie dans un collège des Yvelines, a été décapité en pleine rue.

Plus tôt dans le mois, il avait montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression. Son assassinbat a choqué la France. De nombreux citoyens, dont des professeurs, tiennent à lui rendre hommage. Lionel est lui aussi professeur d’histoire-géographie. Il témoigne.

« Le but d’un débat, c’est pas que tout le monde soit d’accord »

« Je pense que l’erreur serait de dire que finalement, notre liberté d’expression, on doit la limiter », assure Lionel. Selon lui, limiter la liberté d’expression signifierait perdre sa liberté pédagogique. Les professeurs d’histoire-géographie-EMC évoquent très régulièrement des sujets potentiellement sensibles, puisqu’il s’agit de sujets de société. « Que ce soit ancien ou présent, il faut amener les élèves par le biais de notre liberté d’expression et leur montrer que l’on est dans un pays où l’on peut s’exprimer librement, mais qui a évidemment un cadre », poursuit-il.

Lui aussi a montré les caricatures de Charlie Hebdo à ses élèves. Leurs réactions ont été variées. Certains ont trouvé les images inacceptables, d’autres ont été choqués, certains ont parlé de blasphème. « Mais en France, il n’y a plus de blasphème », rappelle Lionel.

Il explique à ses élèves pourquoi le délit de blasphème a disparu en France

Dans ces cas-là, il explique à ses élèves pourquoi le délit de blasphème a disparu en France. L’objectif de ce cours est de mener un débat entre les élèves et le professeur. Les adolescents apprennent ainsi à argumenter, à expliquer et à partager leur opinion.

« Parce que le but d’un débat, c’est pas que tout le monde soit d’accord, sinon ce n’est plus un débat. C’est d’essayer de comprendre pourquoi telles ou telles personnes n’ont pas les mêmes idées », développe Lionel. Il aimerait qu’à l’issue de ses cours, les élèves comprennent que l’on peut avoir des idées différentes et vivre ensemble.

Il avoue tout de même que ces débats ne sont jamais reposants, car les sujets traités sont très complexes. Pour les professeurs, la mission la plus difficile est de pousser les élèves à développer un esprit critique, de s’interroger et de faire la différence entre l’émotion et le jugement.

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Brut.
19 octobre 2020 13:11