Des milliers de personnes manifestent à Paris pour les sans-papiers

"Pendant le confinement, les sans-papiers étaient en première ligne. Ce sont eux qui nettoient les hôpitaux, les EHPAD. La France doit nous payer, en régularisant tous les sans-papiers."

Des milliers manifestants appellent à la régularisation des étrangers en situations irrégulière

Sans-papiers et sympathisants ont manifesté le 30 mai à Paris pour appeler à la régularisation des étrangers en situations irrégulière. Brut a rencontré Anzoumane Sissoko, porte-parole de la Coordination parisienne des sans-papiers.

Selon les estimations, entre 300.000 et 600.000 personnes vivent en situation irrégulière en France. Le 30 mai dernier, plusieurs milliers de sans-papiers et de sympathisants ont manifesté à Paris pour appeler à la régularisation des étrangers en situations irrégulière.

« Pendant le confinement, les sans-papiers étaient en première ligne avec les infirmiers », affirme Anzoumane Sissoko, porte-parole de la Coordination parisienne des sans-papiers. Brut l’a rencontré.

« Si on attend le déconfinement total, les Français vont passer à autre chose »

Ce sont eux qui sont les brancardiers, dans les hôpitaux, et qui nettoient les hôpitaux, les Ehpad, les habitations. Dans les grandes surfaces, ils sont souvent caissières. Ce sont des agents d'entretien. La France a pris des mesures par rapport au chômage partiel, elle a pris des mesures pour les entreprises, mais rien pour les sans-papiers.

C’est la raison pour laquelle on a appelé à la manifestation. Même si on est à un début de déconfinement, c'est le moment. Si on attend le déconfinement total, les Français vont passer à autre chose. Raison pour laquelle on a bravé l'interdiction pour manifester aujourd'hui. On n'a pas voulu faire la grève pendant cette période-là. Il y a beaucoup de gens qui ont eu le droit de retrait pour ceux qui sont en situation régulière. Mais c'est seulement des sans- papiers qui ont compensé ce déficit au niveau du travail. On a tenu bon pendant ces deux mois dans des conditions très, très difficiles.

« La France doit nous payer en régularisant tous les sans-papiers »

La France doit nous payer en régularisant tous les sans-papiers. La régularisation, non seulement ça permet à la personne d'accéder au travail, mais ça permet d'accéder aux droits sociaux. Et la plupart des sans-papiers ont entre 16 et 28 ans. Durant cette période-là, ils n'ont pas besoin de soins. Donc ils sont utiles pour l'économie française. Mais si on est en situation irrégulière, on ne peut pas faire de tests, on ne peut pas faire d’examens.

Ils ont peur d'aller dans les hôpitaux. Imaginez même ceux qui sont malades aujourd'hui, ils n'arrivent pas à se faire tester. Surtout ceux qui n'ont pas de papiers. Les 600.000 sans-papiers ont été confinés dans des conditions difficiles. C'est lamentable, quand certains te font le compte rendu de ce qu'ils ont vécu pendant ces deux mois ! Ils ont souvent été dans des centres de rétention, parqués avec d'autres personnes. Il suffit qu'une personne soit contaminée, et tout le monde est contaminé.

« Pourquoi les traite-t-on autrement, comme des hommes de seconde zone ? »

Ensuite, les gens dans les foyers sont quatre ou cinq dans des quatre mètres carrés. Il suffit qu’un parmi les cinq travaille et il peut contaminer les autres. En fin de déconfinement, la première chose que le gouvernement devrait faire, c'est de régulariser tous les sans-papiers pour que ces gens-là puissent avoir accès aux soins et au logement.

Si le gouvernement ne veut pas de « rassemblements sauvages » comme ça, il faut qu’il régularise tous les sans-papiers. Aujourd'hui, ils travaillent avec nous, ils prennent les transports avec nous, ils sont nos voisins. Pourquoi les traite-t-on autrement, comme des hommes de seconde zone ? C'est inadmissible, on est au XXIe siècle. C'est l'Homme qui a créé les papiers, ce ne sont pas les papiers qui ont créé l'Homme.

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Brut.