Le coup de gueule du professeur Éric Caumes contre Emmanuel Macron

"Emmanuel Macron qui retweete les vidéos des applaudissements à 20h pour le personnel soignant, ça vous inspire quoi ? — Ça m'inspire de la tristesse, en fait. Je me dis qu'il n'a rien compris." Le coup de gueule du Pr. Éric Caumes de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Pr Éric Caumes : « Les personnels médicaux ont des revendications à peine écoutées et certainement pas satisfaites »

Brut a rencontré le Pr Éric Caumes, médecin en pathologies infectieuses et tropicales, et l’a interrogé sur la crise de l’hôpital public à l’heure du Covid-19.

Emmanuel Macron qui retweete sur son compte personnel des vidéos de Français qui disent merci aux médecins et soignants à 20h, ça vous inspire quoi ?

Comment dire ça gentiment ? Ça m’inspire de la tristesse, en fait. Je me dis qu’il n’a rien compris. Ce sont des gestes dont les soignants qui font face au Covid-19 ont besoin. Ce n’est pas de musique et encore moins de bons mots.

Il faudrait une reconnaissance financière et matérielle ?

La reconnaissance en termes de matériel, c’est le minimum. On ne peut pas envoyer des combattants au feu sans équipement de protection. C’est absolument impossible. On n’imaginerait jamais ça de la part des pompiers ou de la part des militaires. Donc il est normal que le personnel des hôpitaux, et pas que des hôpitaux d’ailleurs, des Ehpad, des prisons… Il y a plein de domaines où on est concerné par ce problème de matériel. Mais, après, il y a des revendications du personnel des hôpitaux, représenté par un comité de défense de l’hôpital. Ça serait bien de leur délivrer autre chose que de bons mots.

***Depuis un an, l’hôpital public manifeste. Il y a eu des grèves dans les services des urgences pour réclamer plus de moyens. Entre ces revendications et aujourd’hui, dans la pratique, comment ça se passe ? ***

La gestion de l'épidémie de Covid-19 se passe pour l’instant bien grâce à tout le monde, grâce aux infirmières, aux aides-soignantes, aux agents hospitaliers, aux agents techniques, aux médecins, à l’administration, aux directeurs… Tout le monde, du bas au haut de l’échelle, travaille d’arrache-pied. Mais le coût humain et social est important pour ces personnes-là, qui ne voient parfois pas leur famille depuis des semaines.

Après, il est évident qu’il faudra faire un geste pour ces personnes-là, ces combattants du feu. Ce n’est pas normal qu’on ne leur ait adressé que des mots, encore des mots, toujours des mots, et qu’il n’y ait pas eu de gestes, alors qu’il y a eu beaucoup de promesses pour le milieu industriel. Ce que je comprends très, très bien, il n’y a aucun problème. Mais ça serait bien de faire aussi un geste pour ces personnels qui ont des revendications à peine écoutées et certainement pas satisfaites.

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Brut.