Noirs, ils racontent la réalité de leur quotidien aux États-Unis

Pour eux, être noir dans leur pays, c'est devoir penser comme ça. Pendant ce temps-là aux États-Unis…

Être noir aux États-Unis

Ils sont noirs, ils vivent aux États-Unis. Et pour eux, être noir dans leur pays, c’est comme ça.

Restreindre ses voyages, garder les mains dans le dos dans les magasins, faire des signes de tête amicaux à la police, ne pas réagir face aux insultes… Des Noirs américains racontent leur quotidien.

Berto

« Je m'assure que j'ai mon permis de conduire avec moi partout où je vais parce que je crains que si les flics m'arrêtent, ils ne me laisseront peut-être pas partir juste parce que je n'ai pas de papiers d'identité. Et si je ressemble à un avis de recherche, ils vont juste m'embarquer. »

« Mes premières vacances, à 19 ans, je suis allé en Floride et, malheureusement, un groupe de blancs m'a traité de "n…" en rentrant à mon hôtel. Et je sais que la loi en Floride est vraiment favorable aux armes à feu. J'ai donc choisi de ne rien dire. Mes amis n'ont rien répondu. Nous sommes juste allés dans notre chambre d'hôtel et c'est tout. En pratique, chaque jour, je me réveille en me préparant à sortir et en me préparant mentalement à ce que ça puisse être le jour où je me fais tirer dessus ou le jour où je découvre qu'un de mes amis s'est fait tirer dessus par un flic. »

Reece

« Parfois, lorsque je marche la nuit et que je me trouve derrière une femme blanche, j'essaie de garder une certaine distance. Ça, c'était avant la pandémie. J'ai toujours essayé de garder mes distances. Je ne sais pas si elle me voit comme une menace, mais le risque est trop grand. »

« J'ai parfois des difficultés à établir un contact visuel avec les policiers. Parfois, je fais un signe de tête aux policiers quand je passe devant eux. Il y a d'autres fois où je ne le fais pas et je ne suis pas sûr de… Je ne veux pas être perçu comme suspect de quelque façon que ce soit. Parfois, je me dis : "Si je dis bonjour, est-ce que cela va sembler suspect ? Si je ne dis pas bonjour, est-ce que ça semble suspect ?" »

Rhiana

« Je ne cours pas dehors et je ne le ferai pas parce que je ne me sens pas en sécurité. Et quand je fais du sport, c'est toujours dans un lieu public où il y a des caméras. Donc si quelqu'un a besoin de savoir où je me trouvais en cas de problème, au moins il y a des images, ce qui est horrible à dire. »

« Voyager à l'intérieur du pays est stressant. Il y a des endroits où je ne vais pas aller, juste parce que je connais le climat racial là-bas. »

Jonathan

« Une chose à laquelle j'ai toujours tenu depuis mon enfance en tant qu'homme noir aux États-Unis, c'est l'apparence et la façon dont on se présente. Je ne pouvais pas aller à l'école en survêtement, alors que c'est ce que je voulais. Ma mère me disait : "Non, tu dois porter des jeans, présente-toi correctement parce que tu ne sais jamais qui tu vas rencontrer ou voir." C'est donc une chose à laquelle j'ai toujours tenu. Et c'est vrai parce que quand je sors en public, la première chose qu'ils voient, c'est un homme noir. Ils vont penser : "Oh, c'est un stéréotype." »

Dejr

« Voilà ce que je fais quand je cours. La veille, je m'assure de planifier mon parcours, je choisis mes vêtements. Beaucoup de choses ont changé parce qu’avant, je pouvais m'habiller tout en noir. Mais maintenant, je m'assure de porter des couleurs plus vives. Le moment de la journée où je cours a changé. Avant, j'y allais vers 5h, 5h30. Maintenant, je cours vers 7h, 7h30, quand il y a de la lumière. »

Alyxaundria

« En tant que femme noire, je sais que je ne suis pas perçue comme une menace physique, essentiellement. J'ai l'impression que la charge mentale concernant ma couleur de peau provient de la façon dont je m’exprime, surtout en tant que femme noire. Je dois rédiger avec beaucoup de soin. »

« Je dois m'assurer que mon ton n'est pas trop agressif, même si j'ai parfois envie de m'affirmer. Mais je veux m'assurer que je ne prends pas un ton trop militant. » Une autre chose que je fais, c'est que quand je vais dans des petites boutiques, je m'assure de garder les mains derrière le dos pour ne pas qu'ils pensent que je vole. Et je ne touche pas non plus trop de choses. »

Enjoy

« Je ne peux pas demander l'aide d'un flic parce que je ne me sens pas à l'aise. Quand votre apparence représente une menace suffisante pour les personnes auxquelles l'État a donné le pouvoir et la responsabilité, quand elle représente une menace suffisante pour qu'elles utilisent des armes létales, comment pouvez-vous être en sécurité ? »

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Brut.
23 juin 2020 16:59