Survivant de la Shoah, Shelomo Selinger témoigne par ses œuvres

Au milieu des cadavres, il respirait encore. Il avait survécu à la Shoah. Depuis, il a consacré sa vie à l'art, pour ne pas oublier. À 92 ans, Shelomo Selinger témoigne.

Récit d’un survivant de la Shoah devenu artiste

Shelomo Selinger est l’un des derniers survivants de la Shoah. Cet artiste, aujourd’hui reconnu, raconte son histoire à travers ses œuvres d’art.

Il a 92 ans et fait partie des derniers survivants de la Shoah. Shelomo Selinger est né en Pologne. En 1942, il est déporté avec ses parents. Séparé des ses sœurs et de sa mère, il est détenu avec son père dans un camp allemand. « Une des forces qui m’ont permis de survivre, c’était l’amour. Je voulais vivre et j’avais en moi un grand trésor. C’est l’amour de mes parents », raconte-t-il. Trois mois après leur arrivée sur le camp, le père de Shelomo Selinger est assassiné.

Retour à la vie

En 1945, il est sauvé de justesse. « On m’a mis parmi les morts. J’étais évanoui, un médecin de l’armée russe passe et il se rend compte que je ne suis pas tout à fait mort. Et il s’acharne pour me rendre la vie. » À l’issue de plusieurs semaines de soins, Shelomo Selinger sort de l’hôpital. Le rescapé, devenu amnésique, s’installe à Prague.

Il garde des souvenirs de son arrivée dans la ville, notamment celui-ci : « Dans le tramway, je suis assis devant une femme avec un enfant. Pendant des années, je n'avais pas vu d'enfants. Je suis presque hypnotisé par cet enfant. La femme descend avec lui et je la suis. Elle commence à marcher plus vite. Et moi, je la suis plus vite. Elle commence à courir. Je me suis rendu compte que je faisais peur. Et c’est la première fois depuis des années que j’ai commencé à pleurer. »

La mémoire retrouvée

Après sept ans d’amnésie, la mémoire de Shelomo Selinger lui revient peu à peu. Ça commence par des cauchemars, puis des flashs dans lesquels il revit des moments de torture. « À ce moment-là, j’ai eu de la chance, j’ai trouvé l’amour. Et en même temps, j’ai trouvé la sculpture, qui est devenue l’essence de ma vie », raconte-t-il.

« Le dimanche, quand les SS s’amusaient, ils prenaient des prisonniers. Ils mettaient des bouteilles sur leur tête et ils s’entraînaient pour tirer. S’ils rataient, ce n’était pas grave puisque, de toute façon, nous étions tous programmés pour disparaître. Quand j’ai une image trop douloureuse en tête, je dois la dessiner », confie l’artiste.

En 1955, Shelomo Selinger se rend à Paris et s’inscrit aux Beaux-Arts. Il est particulièrement heureux de devenir étudiant pour la première fois. « Il faut faire très attention de ne pas se laisser confisquer son âme par un groupe. Un groupe n’a ni coeur, ni cerveau et chacun peut et doit agir selon son cerveau et son coeur et ne pas faire ce qu’un groupe attend de toi », déclare Shelomo Selinger.

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Brut.
23 novembre 2020 07:24