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3 clichés sur les banlieusards démontés par Matthieu Longatte

"Et déjà de vouloir faire parler tous les banlieusards de banlieue, c’est cliché Brut hein."

Trois clichés sur les banlieusards démontés par Matthieu Longatte

On le connaît pour sa chaîne YouTube Bonjour Tristesse, il est désormais réalisateur, avec la série « Nfarvalo ». Il a grandi en banlieue, et certains clichés l’agacent.

Matthieu Longatte est taquin. « Vouloir faire parler tous les banlieusards de banlieue, c’est cliché Brut ! » Touchés. Mais le réalisateur joue quand même le jeu de l’interview. Lui qui a grandi à Trappes et dont la série Narvalo se passe « en banlieue » démonte trois clichés encore largement répandus sur ces zones de France.

Les banlieusards vivent tous en cité

On présente toujours la banlieue comme s’il n’y avait aucun mélange, alors que c’est pas vrai, c’est pas étanche. On est ensemble au collège parce qu’on a inventé l’école républicaine. C’était davantage le cas avant, parce que Sarkozy a tué la carte scolaire. Mais à la base, ça avait cette utilité-là, aussi, de créer du mixe social.

Ça participe beaucoup de qui je suis. Je suis quelqu’un qui a grandi en pavillon, donc je suis clairement de la classe moyenne. Et par mon parcours de vie, notamment par le football, par le collège et parce que je me suis retrouvé dans l’équipe d’improvisation des juniors de Trappes… Je me suis retrouvé à passer une bonne partie de ma jeunesse en bas de bâtiments de cités, avec des mecs de cités.

J’ai autant de potes qui viennent de pavillons que de potes qui viennent de cités. Et c’est vrai que c’est important pour moi. Je ne sais pas si je suis quelqu’un de riche, mais très clairement, ce parcours participe de ma richesse et participe de ma capacité à me distinguer de plein d’autres gens.

Il y a un autre cliché qu’il n’y aurait qu’une seule banlieue. C’est un petit peu aberrant, parce que Neuilly, c’est la banlieue, mais Chanteloup-les-Vignes ou Les Mureaux, ou Élancourt, dans le 78, c’est la banlieue aussi, et ça n’a vraiment rien à voir !

Il y a une vision complètement monochrome à tous points de vue, que ce soit social ou ethnique, de la banlieue, alors que c’est beaucoup plus riche que ça en a l’air. C’est aussi pour ça qu’il y a autant d’artistes qui émergent de banlieue, parce que la richesse, la diversité culturelle ou sociale, ou même géographique, fait qu’on a peut-être une capacité d’adaptation plus importante que dans d’autres zones.

Les banlieusards ne savent pas s’exprimer

On est quasiment les prototypes des jeunes qui ne savent pas parler en France. Alors qu’en vrai, on a un rapport très libertaire au langage. On surutilise le langage, on le tord… La plupart des expressions viennent d’une ville de banlieue, puis elles rayonnent en banlieue, puis elles rayonnent dans toute la France, en passant par Paris entre temps.

Typiquement, le titre de ma série, c’est Narvalo. À la base, « narvalo », c’est un mot qui vient de la communauté gitane. Ça s’est beaucoup répondu vers Montreuil, dans ce coin-là du 93, parce qu’il y avait une grosse communauté gitane. Là, ça fait 5, 10 ans que ça rayonne partout en Île-de-France, voire en France.

Après, c’est marrant, parce qu’il y a des expressions qui restent coincées dans un département. Par exemple, dans le 78, on dit beaucoup « kiss man ». On dit : « Oh lui, c’est un kiss man » pour dire que c’est quelqu’un de bien. Et cette expression n’a jamais bougé des frontières du 78. Il y a un mec qui dit ça, c’est un mec du 78, c’est sûr.

Et que ce soit le parler « banlieusard », l’espèce d’accent qu’on peut avoir et qu’on peut tenir sur toute une vie, ou la manière d’employer les mots, c’est quelque chose qui est énormément imité à l’échelle nationale.

Dans le langage, il y a aussi cet aspect où on doit beaucoup meubler le temps. Nous, nos bus, c’est toutes les heures. On attend le premier train à Montparnasse le matin, des trucs comme ça. Alors on doit meubler tout ce temps-là, et c’est vrai que ça nous amène à raconter des histoires.

On vit des anecdotes un peu incroyables pour meubler cet ennui. Et on passe beaucoup de temps à se re-raconter ces anecdotes. C’est des groupes de jeunes, entre 15 et 18 ans, ça raconte autant la jeunesse que la banlieue, mais peut-être particulièrement en banlieue. La parole, il faut réussir à aller la chercher.

Il n’y a que de la violence en banlieue

C’est faux à plein d’égards. Déjà, en banlieue, on a regroupé une quantité de pauvres absolument invraisemblable au milieu de no man’s lands. Dans un quartier comme le Val Fourré – je crois que c’est une des plus grosses cités d’Europe – il y a quand même plus de 20.000 habitants en situation de précarité qu’on met ensemble au milieu de quatre champs. Moi, je trouve que ça se passe plutôt bien. Du moins, ça pourrait aboutir à des résultats bien plus dramatiques d’avoir une politique urbaine aussi débile.

Surtout, on retrouve aussi, dans les cités, dans les quartiers, une mentalité de proximité humaine beaucoup plus importante. Pas quelque chose de l’ordre du village, mais un petit peu. Les gens se connaissent : si quelqu’un disparaît, on s’inquiète de sa disparition. Il y a de l’entraide, notamment avec la pandémie de Covid-19. Il y a eu beaucoup d’auto-organisation associative pour aller livrer des repas aux personnes les plus âgées ou les plus démunies, pour qu’ils aient encore de quoi se nourrir même s’ils avaient moins de revenus.

Il y a aussi une culture de la débrouillardise hyper importante en banlieue. On fait avec ce qu’on a, on s’adapte à la situation. On va aussi se débrouiller par les autres : chacun a un petit peu ses petites compétences : y en a un il sait faire de la mécanique, l’autre il sait faire ça, l’autre il sait faire des lettres de motiv’… Et voilà, chacun avec ses micro-compétences rend la vie un petit peu plus légère à son entourage !

Le seul message que j’aie à faire passer aux gens, c’est de garder son esprit ouvert et de prendre les êtres humains un par un. Je sais que c’est pas reposant pour le cerveau, qui est très angoissé par tout ce qu’il ne connaît pas, de pouvoir pré-ranger les gens dans des cases. Mais c’est un travail nécessaire, parce que ceux qui ne le font pas perdent l’occasion de rencontrer des gens différents et de s’enrichir.

La banlieue est un terreau de diversité, d’enrichissement personnel, de rayonnement culturel, de vie et d’humanité qui persiste et qui a une identité unique. Moi, je suis archi content d’avoir grandi en banlieue. J’aurais voulu grandir nulle part ailleurs. Et voilà.

12/09/2020 08:31
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418 commentaires

  • Hugo T.
    13/05/2021 23:32

    2:23 un kissman😭😭 T’es certifié 78 🎉

  • Alexandrine L.
    01/05/2021 18:44

    L ariane. Les moulins autres banlieux au soleil du sud mais il y faisait bon vivre dans les annees 80. souvenirs qui ne me quitteront jamais et qui ont fait ce que je suis

  • Alexandrine L.
    01/05/2021 18:41

    bravo pour la collab avec zadi . super

  • Martine C.
    24/04/2021 16:04

    Fière d'avoir bien grandie en banlieue ... 10 ans à Les Mureaux après 3 ans à Versailles. Je peux confirmer qu'il y a plusieurs banlieues et que tout y est assez différent mais semblable, la vie quoi et son quant à soi ! ;)

  • Nicolus M.
    22/04/2021 11:51

    🥇 🥇 🥇

  • Cathy S.
    22/04/2021 05:22

    Vous habitez monsieur en pavillon et vous êtes de classe moyenne ?.... je suis de classe moyenne et je vis dans un HLM !

  • Dramako D.
    21/04/2021 13:55

    Je suis juste Fan de ce mec et de sa façon de voir la vie et de l'appréhender! Grosse force a toi mon frero!

  • Anis E.
    21/04/2021 10:35

    Mantes la jolie 20 000 habitants ? Lol si tu additionne val fourré, mantes la ville et mantes la jolie on dépasse les 100 000 habitants. 20 000 habitants c'est plutôt Chanteloup les vignes, le village d'irréductibles comme l'appelle Mathieu Kasovitch

  • Clément G.
    21/04/2021 07:53

    Le mec crois vraiment qu'on a attendu les cités pour dire narvalo mdr

  • Anthony M.
    21/04/2021 01:29

    C est quoi cette expression Kiss man toujours été dans le 78 jamais entendu ça je sais pas de quel trou du sort toi mais parle pas de banlieue.

  • Vivi M.
    20/04/2021 20:01

    Il est beau c’est indécent

  • Sahraoui D.
    20/04/2021 16:45

    Kissman ce type mdr

  • Frankie S.
    20/04/2021 16:25

    Narvalo les anciens disait ça en 80 déjà!!! C'est bien plus vieux que ce qu'il prétends.

  • Vincent B.
    20/04/2021 16:08

    C est qui ce narvalo ?🤣🤣

  • Titia R.
    20/04/2021 14:58

    Ouhai ba les banlieues c'est plus ce que cetait ! Il faisait bon d'y vivre il y a quelques années, mais maintenant vaut mieux les fuir ! Ça s'est énormément dégradé, une forte montée de violence, les gens sont sales et ne savent pas se tenir ! Plus aucun respect ! Perso, je quitte la banlieue parisienne et j'en suis ravie. Je n'ai pas envie de voir mes enfants grandir ds cette banlieue d'aujourd'hui !

  • Jo T.
    20/04/2021 14:56

    c’est interessant ce qu’il met en avant chapeau !

  • Badry B.
    20/04/2021 14:56

    "La banlieue a ses qualités et ses défauts; Peuplés d'artistes et de sportifs de haut niveau D'escrocs dans les halls jusqu'aux bureaux municipaux "

  • GH K.
    20/04/2021 14:10

    Ah bah oui Neuilly Sur Seine c est aussi la banlieue Parisienne 🤣

  • Brigitte M.
    20/04/2021 13:35

    40 ans que j habite en citées ..et j y ai travaillé ...beaucoup d hypocrisie ...oui il a de l entraide et a apprendre sur tous les sujets ...!!! S il n y avait pas les banlieues........comment feraient les politiques et leur SYSTÈME de desinformation ??? Cracher sur les banlieues c est facile pour eux .....!!! ça plait aux fachos ...et ça évite de parler des vrais sujets !!! Soutien au peuple qui à bien compris les enjeux de toutes ces manipulations qui n apportent que la haine et la division !!! Le suffrage ...prétendu universel est obsolète .

  • Haa L.
    20/04/2021 12:03

    Une vrai richesse la banlieue que dieu la protège