Banlieues : 40 ans de politique de la ville

"L'État a failli pendant plusieurs années, quels que soient les gouvernements, dans cette partie du territoire français." Banlieues : retour sur 40 ans de politique de la ville.

Banlieues : 40 ans de politique de la ville

Depuis les années 1950, des ensembles de logements ou des politiques éducatives ont été pensés pour les quartiers français défavorisés. Avec plus ou moins de réussite.

À la fin de années 1950, de nombreux habitats collectifs sont construits en périphérie des centres urbains. Il s’agit alors de lutter contre l’insalubrité et de loger les classes moyennes. Ce sont les « grands ensembles ». Depuis, les politiques dédiées à ces zones défavorisées se sont mutlipliées.

Années 1970

La désindustrialisation puis le premier choc pétrolier entraînent une explosion du chômage. Les conditions de vie dans les grands ensembles se dégradent.

En 1977, la politique de la ville naît avec les opérations « Habitat et vie sociale ». Il s’agit alors de revaloriser certains quartiers urbains, de réduire les inégalités entre les territoires et de réhabiliter les HLM (habitations à loyer modéré).

Années 1980

En 1981, après les émeutes des Minguettes à Vénissieux, dans la banlieue de Lyon, la politique de la ville se généralise. Alain Savary, alors ministre de l’Éducation nationale, crée 170 ZEP (zones d’éducation prioritaires).

« Cette politique a pour but de donner, à travers des projets pédagogiques adaptés à la zone d’éducation prioritaire, les modes et les moyens qui conviennent. C’est à partir d’une concertation entre les parents, les enseignants, l’administration de mon ministère et les élus locaux que ces zones doivent être déterminées, ceci dans le cadre, je le rappelle, de la décentralisation », déclare Alain Savary un an plus tard.

En 1983, alors que la marche pour l’égalité et contre le racisme part de Marseille, un plan « banlieues 89 » promet le désenclavement et la rénovation des HLM.

Années 1990

En 1990, la mort d’un jeune motard, percuté par un véhicule de police, déclenche une série d’incidents à Vaulx-en-Velin, près de Lyon. François Mitterrand annonce alors la création d’un ministère de la ville. Il prévoit aussi une meilleure répartition de l’argent entre les communes. « Il faudra bien retirer quelque chose à ceux qui ont beaucoup pour donner davantage à ceux qui n’ont rien. Sans quoi les communes les plus pauvres ne s’en tireront pas », affirme-t-il.

En 1995, Jacques Chirac, alors Président, évoque une « fracture sociale ». « C’est dans ces quartiers qu’on devrait mettre les meilleurs professeurs, les meilleurs policiers, les meilleurs postiers, etc. Ce n’est pas ce qui se passe. C’est même généralement le contraire. »

En 1996, le Premier ministre Alain Juppé présente le Pacte de relance pour la ville. Il crée notamment les ZFU (zones franches urbaines) pour attirer les entreprises.

Années 2000

En 2000, la loi SRU relative à la solidarité et au renouvellement urbain impose aux villes de plus de 3.500 habitants de proposer au moins 20 % de logements sociaux.

En 2003, Jean-Louis Borloo, alors ministre délégué à la Ville et à la Rénovation urbaine, lance le Programme national de rénovation urbaine. 4 millions d’habitants sont concernés. « On va refaire de fond en comble 165 quartiers et dépanner, aider, 600 autres. Donc on va les refaire, c’est-à-dire les espaces publics, les éclairages, crèches, cantines, équipements sportifs, culturels et l’habitat. Il y a dans nos quartiers 600.000 logements inacceptables. Il y en a 200.000 qu’on va réhabiliter immédiatement, 200.000 qu’on va résidentialiser et 200.000 raser et reconstruire », déclare Jean-Louis Borloo.

En 2005, Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents originaires de Clichy-sous-Bois, trouvent la mort dans un transformateur électrique où ils s’étaient réfugiés pour échapper à un contrôle de police. Les banlieues françaises s’embrasent. Quelques mois plus tard, un décret crée la fonction de préfet à l’égalité des chances.

En 2008, Fadela Amara, secrétaire d’État chargée de la Politique de la ville, présente le plan « Espoir banlieue » pour lutter contre le chômage. « C'est sûrement le plan de la dernière chance. La situation dans ces quartiers est extrêmement difficile, extrêmement tendue. Il ne faudrait pas de nouveau décevoir les populations », réagit François Pupponi, alors maire de Sarcelles.

Années 2010

Selon un rapport de la Cour des comptes de 2012, la majorité des objectifs de la politique de la ville au cours de la dernière décennie n’ont pas été atteints.

En 2014, le Parlement adopte la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine. « Cette loi organise le retour de l’État dans les quartiers et la territorialisation des politiques publiques en fonction des difficultés rencontrées par chaque territoire urbain. Comme un symbole, les portes de la nouvelle agence locale de Pôle emploi s’ouvriront au lendemain de l’adoption de ce texte, dès ce lundi, à Clichy-sous-Bois », explique le Ministre délégué à la Ville François Lamy.

En 2017, plusieurs maires, citoyens, associations et entreprises lancent l’appel de Grigny. Ils réclament des mesures d’urgence. « Une fois de plus, la République a décidé de tourner le dos à nos quartiers populaires. Et derrière les quartiers populaires, ce sont les habitants. On demande simplement l’égalité, le droit commun, qu’il soit appliqué dans nos quartiers populaires », s’insurge Azzedine Taïbi, maire de Stains.

Un mois plus tard, Emmanuel Macron charge Jean-Louis Borloo de mener une mission sur les quartiers prioritaires. Jean-Louis Borloo remet son rapport sur les banlieues à Édouard Philippe en 2018. Il identifie 19 thèmes, comme la rénovation urbaine, l’éducation, l’emploi ou l’égalité. « Il s'agit de villes ou de quartiers construits il y a 45 ans, au moment d'une immigration qui n'a pas été accueillie et gérée. Ces villes-là sont plus pauvres que les autres : elles ont en moyenne 30 % de recettes de moins que les autres, et ont en moyenne 30 % de besoins en plus », déclare-t-il.

En 2019, cinq maires de Seine-Saint-Denis portent plainte contre l’État pour rupture d’égalité. « Nous ne pouvons pas agir à la place de l'État pour ce qui le concerne. C’est pour ça que quand il vient, il faut qu'il annonce un vrai modèle. Il faut d'abord une reconnaissance. Nous, ce que nous attendons, au-delà des mesures, bien sûr, une reconnaissance que l'État a failli pendant plusieurs années, quels que soient les gouvernements, dans cette partie du territoire français », argumente Mériem Derkaoui, maire d’Aubervilliers.

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Brut.