1 an après son cri d'alarme sur les maisons de retraite, Hella Kherief raconte

"On maltraite nos aînés" Hella Kherief est aide-soignante. Il y a un an, dans Envoyé spécial, elle dénonçait les conditions d’accueil des personnes âgées dans les maisons de retraite. 1 an après son cri d'alarme, elle raconte les difficultés qu'elle a rencontrées pour retrouver un travail après l'émission.

TBT : “Quand je vois les EHPAD françaises (…) Autant mourir avant” : Hella Kherief, l’aide-soignante qui continue de lutter pour l’amélioration des conditions de son métier

Aide-soignante, Hella Kherief a dénoncé il y a un an les conditions d’accueil des personnes âgées dans les maisons de retraite, lors d’une émission d’Envoyé spécial. À l’époque, Brut l’avait interviewée. Blacklistée, elle a perdu son emploi, mais a eu le courage de dénoncer les conditions de travail lugubres des aides soignants, dans son livre. Un an plus tard, elle raconte.

Hella Kherief pointe le traitement des personnes âgées dans les maisons de retraite qu’elle juge “inadmissible”. “Ce n’est pas possible d’être deux aides-soignantes pour un établissement qui accueille 94 résidents la nuit”, dénonce-t-elle. Par exemple, elle se souvient ne pas avoir pu changer la couche d’une personne âgée. Et des exemples comme celui-ci, elle en a beaucoup. En effet, pour Hella Kherief, “il ne faut pas oublier que nos jeunes d’aujourd’hui ce sont les vieux de demain.

Bannie du milieu de la santé, Hella Kherief rebondit

À la suite de cette dénonciation, retrouver du travail a été une rude épreuve pour Hella Kherief. “Blacklistée, j’avais l’impression d’être quelqu’un qu’il fallait à tout prix bannir du milieu de la santé”, confie-t-elle. Il a fallu qu’elle attende 4 mois avant d’être embauchée, uniquement pour des remplacements. “Mais cela m’a permis de gagner un salaire, de payer mes factures et de nourrir mes enfants”, se rassure-t-elle. Aujourd’hui, Hella Kherief travaille dans un hôpital privé, au sein d’un service de réanimation. Si les échanges avec les personnes âgées lui manquent énormément, elle essaye néanmoins de s’épanouir dans ce qu’elle fait.

Hella Kherief réussit à transmettre son message à travers l’écriture d’un livre

Contactée par une maison d’édition, elle se voit proposer l’écriture d’un livre. Réticente au départ, Hella Kherief ne voulait pas subir d’autres représailles. Mais après réflexion, elle se sent prête à poursuivre son combat d’améliorer les conditions de travail au sein des EHPAD. “Les paroles s’envolent mais les écrits restent”, justifie l’aide-soignante. Outre la fierté d’avoir écrit cet ouvrage, c’est surtout son devoir de libérer la parole des aides-soignants qu’elle a souhaité appliquer. À la suite à la publication du livre, Hella Kherief a eu énormément de retours et de remerciements. Beaucoup d’aides-soignants se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas des cas isolés.

Le gouvernement face au problème des aides-soignants

Selon Hella Kherief, l’institution force à être maltraitant, malgré la bonne volonté des soignants : “On rentrait chez nous et on se mettait à pleurer car on n’était pas satisfaits du travail qu’on venait d’accomplir.” En janvier 2019, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a promis d’aider les aides-soignants. Selon elle, le travail du personnel au sein des EPHAD doit être reconnu. Agnès Buzyn a ainsi proposé de verser une prime aux aides-soignants. Mais pour Hella, cela ne changera pas la situation : “Ce n’est pas avec cette prime qu’on sera moins maltraitants et plus considérés.” Elle aimerait que le problème soit pris au sérieux. En effet, elle rappelle le nombre croissant de suicides et que les gens ne veulent plus faire ce métier. “Aujourd’hui, quand je vois les EHPAD françaises, j’en ai pas envie. Autant mourir avant.

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Brut.
3 octobre 2019 07:02