6 questions sur le pic épidémique et la suite de l'épidémie

"Le pic épidémique, c'est pas la fin de l'épidémie." 6 questions sur le pic épidémique et la suite de l'épidémie.

Covid-19 : c’est quoi, le pic épidémique ?

« Le pic épidémique, qu’on devrait avoir j’espère dans les prochaines semaines, ce n’est pas la fin de l’épidémie», rappelle Samuel Alizon, directeur de recherche au CNRS.

« Il y aura des pics tant qu’il n’y aura pas une proportion suffisante de la population qui sera immunisée. On estime que pour le Covid-19, il faut que les deux tiers de la population soient immunisés. Immunisé, ça veut dire que soit la personne a eu la maladie, soit elle est guérie, soit elle est vaccinée », détaille à Brut Samuel Alizon, directeur de recherche au CNRS.

Il poursuit : « Le problème, c’est que pour le moment, on n’a pas de vaccins. Il faut compter à peu près deux ans pour développer un vaccin. Donc là, aujourd’hui, tant que les deux tiers de la population n’auront pas attrapé le Covid-19, il faut maintenir soit des mesures de confinement, soit des mesures de distanciation sociale stricte. » Pour mieux comprendre comment agissent les mesures de confinement, Samuel Alizon nous explique ce qu’on entend par « pic de l’épidémie ».

Qu’est-ce que le pic épidémique ?

Le pic épidémique, c’est le moment à partir duquel l’épidémie reflue. Si on regarde la courbe des nouveaux cas détectés, c’est le moment à partir duquel la courbe commence à descendre. Mathématiquement, cette diminution de la courbe, c’est le moment où une personne infectée en infecte moins d’une en moyenne.

Peut-on prévoir le pic épidémique ?

Tout dépend de comment la population a suivi les consignes de confinement. Si la population ne suit pas les consignes de confinement, l’épidémie va continuer à croître, et vous n’allez pas avoir le pic épidémique tout de suite. À l’inverse, mieux la population répond, plus le pic arrive rapidement.

À quel moment s’arrête une épidémie ?

Un paramètre clé pour comprendre comment l’épidémie se propage, c’est ce qui s’appelle le R0, le nombre de personnes qu’une personne va infecter au cours de son infection. Si le R0 est de 2, ça veut dire qu’au cours de mon infection, je transmets l’infection à deux autres personnes.

C’est essentiel pour comprendre une infection. Car en fonction de ce R0, vous allez savoir quand va avoir lieu le pic épidémique, quelle va être l’intensité de ce pic, et quelle va être la proportion de la population infectée. Pour le Covid-19, ça dépend des pays et des contextes : on l’estime entre 2,5 et 3.

Ça veut dire qu’en moyenne, une personne infectée par le Covid-19 le transmet à 2,5 ou 3 personnes. Si vous voulez empêcher l’épidémie de se propager, il faut que ce R0 passe en-dessous de 1. Le pic épidémique correspond au moment où le R0 passe en-dessous de 1.

Le confinement de la population est-il suffisant ?

En confinant, vous gagnez du temps, mais vous ne faites pas disparaître l’épidémie. Dès que vous relâchez le confinement, ça repart. Tant que vous maintenez le confinement, il n’y aura plus d’épidémie. Le problème, c’est que le jour où vous levez le confinement, surtout si vous le levez de manière trop brutale, sans distanciation sociale, vous allez repartir vers une croissance épidémique, et vous allez repartir vers un nouveau pic. C’est très important de gagner du temps, en particulier pour les hôpitaux. Là, ils n’étaient pas du tout prêts. Ça sauve des vies et ça permet d’augmenter le nombre de lits en réanimation.

Comment protéger sa population sur le long terme ?

On voit que les pays qui parviennent à contrôler l’épidémie, par exemple la Corée du sud, n’ont pas confiné la population, mais ont mis en place des mesures de distanciation sociale extrêmement fortes. Tout le monde porte un masque en continu, il y a un dépistage en continu de la population, les cas signalés sont signalés à leurs contact. Vous maintenez quelque chose de très fort pour empêcher un redémarrage de l’épidémie.

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Brut.