Cléopâtre Darleux se bat pour la maternité dans le sport professionnel

Cléopâtre Darleux se bat pour que la maternité ne soit un tabou dans le sport professionnel. Handballeuse et mère, elle vient de remporter l’or olympique.

“La vision de la maternité chez les sportives, ça n’existe pas”

Cléopâtre Darleux est gardienne du Brest Bretagne Handball.

Elle est aussi l’une des rares joueuses professionnelles à avoir eu un enfant pendant sa carrière et un an après avoir accouché, elle a remporté l’or aux Jeux olympiques. Elle nous raconte son histoire.

“Aujourd’hui, la vision de la maternité chez les sportives, ça n’existe pas, c’est problématique, c’est : comment on va faire ? C’est que des questionnements.

Les coachs, ce sont des hommes. Les présidents, les managers, c’est pratiquement que des hommes. Il n’y a presque pas de femmes. Les handballeurs, ils sont tous papas.

Ça pose aucun problème alors que nous, les femmes, c’est beaucoup plus compliqué. Souvent, on fait notre carrière et c’est après qu’on fait des enfants.”

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“J’ai eu des remarques de la part de la direction du club”

La sportive est tombée enceinte à 30 ans et a donné naissance à une petite fille, Olympe : “J’avais une vie personnelle assez épanouie. Et donc je suis tombée enceinte très vite. Le coach l’a bien pris. Il était content pour moi.

Après, c’est vrai qu’au niveau de la direction du club, j’ai eu quelques remarques qui ne m’ont pas forcément fait plaisir, comme par exemple : “T’aurais pu nous prévenir quand tu as signé ton contrat, avant de signer, que tu voulais faire un bébé.”

Quand j’ai eu cette remarque-là, c’était hors de question, avant de signer un contrat, de dire “je vais devenir maman, peut-être”. Cela fait que j’aurais dû le dire deux ans avant d’être tombée enceinte.”

Cléopâtre Darleux a le ressenti d’avoir fait une faute. Elle sent que les regards que certaines personnes portent sur elle ont changé comme si elle avait fait quelque chose de mal.

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“Après ma grossesse, c’était comme si j’avais retrouvé le corps de mes 20 ans”

La handballeuse professionnelle s’arrête à un mois et demi de grossesse : “J’ai fait trois matchs et le dernier, j’ai pris deux ballons dans le visage et j’ai fait une commotion cérébrale. Et là, je me suis dit : “Il est peut-être temps d’arrêter.” Là, j’ai commencé à avoir peur.

Les 9 mois où j’ai été en arrêt ont été hyper bénéfiques pour mon corps, parce que tout au long de ma carrière, j’ai eu, avant ma grossesse, 12 ans en tant que joueuse professionnelle où j’ai jamais eu d’arrêt, jamais eu de grosse blessure, que des petites blessures. Et du coup, j’ai emmagasiné de la fatigue.

Mon corps avait beaucoup de douleurs tendineuses, de choses comme ça. Et après ma grossesse, c’était comme si j’avais retrouvé le corps de mes 20 ans.”

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Le maintien de salaire pendant un an durant la grossesse, une petite révolution

Depuis qu’elle a repris l'entraînement, la jeune mère de famille est plus motivée que jamais : “Quand j’y vais, je sais que c’est vraiment pour une bonne raison, donc j’ai vraiment cette impression de me donner encore plus à fond qu’avant et j’utilise mieux le temps. Je suis vraiment plus organisée.”

Quand elle part en compétition pendant un mois, son mari, sa belle-famille et une “nounou d’enfer” s’occupent de sa fille, Olympe. La sportive sent que des changements ont eu lieu récemment.

“Au niveau de la ligue féminine de handball, on a beaucoup plus de joueuses qui sont syndiquées par rapport à avant. Plus de 50 % d’entre elles. Ce qui fait qu’on est beaucoup plus représentées de manière syndicale.

D’ailleurs, il y a une convention collective qui a été signée, il y a un an. C’était quelque chose de révolutionnaire, qui permet d’avoir un maintien de salaire pendant un an pour les joueuses professionnelles, qui par exemple tombent enceintes ou alors ont une longue blessure.

Donc ça, c’est une énorme avancée et j’espère que ce n’est qu’un début, parce qu’il y a quelques points qui ont été abordés, mais il y a encore plein de choses par rapport aux hommes qui fait qu’on n’est pas sur le même pied d’égalité du tout.

Notamment sur cette convention-là, il y a le problème des congés payés. Donc on est passé à 7 semaines, comme les hommes, alors qu’avant on était qu’à 6. Le salaire minimum a aussi un peu évolué” explique Cléopatre Darleux.

“Mettre en lumière des points qui sont problématiques pour les femmes dans le sport”

Sladana Pop-Lazic fait aussi partie du Brest Bretagne Handball. Elle affirme qu’avant penser à être enceinte “était vraiment un tabou, c’était presque interdit d’en parler”. La jeune femme de 34 ans a hâte d’être maman.

“Perso, je suis un peu triste de ne pas avoir eu de bébé avant. Mais c’est comme ça. Peut-être que je n’étais pas sûre de… de comment le monde du handball allait réagir” explique la sportive.

Alicia Toublanc, qui joue également dans l’équipe, ressent le même sentiment d’espoir : “On se rend compte que c’est possible. C’est moteur et ça donne de l’espoir pour celles qui potentiellement pourraient être enceintes pendant la carrière aussi.”

De son côté, Cléopâtre Darleux a de nombreux projets à venir. “Pour les prochaines années, j’ai l’objectif des Jeux olympiques à Paris. C’est un gros objectif. Mais bien sûr, j’ai envie d’avoir d’autres enfants.

Donc je me dis : après les Jeux, ce serait vraiment le moment idéal. J’ai aussi envie d’aider au sein de la fédération, ou de mon club à Brest, dans d’autres clubs, l’évolution des mentalités dans le milieu du handball féminin, que ce soit dans un poste un peu plus élevé pour vraiment continuer à mettre en lumière des points qui sont problématiques pour les femmes et faire évoluer le sport pour les femmes.

Et selon moi, ça passe par : il faut que ce soit des femmes, au final, qui… Enfin, les hommes peuvent le faire, mais aujourd’hui, les hommes sont là, mais pour l’instant, ça ne change pas énormément. Donc ça passera par des femmes à ces postes-là.”

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Brut.