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Penser demain : l'agriculture selon Hélène Le Teno

Une agriculture qui concilie juste rémunération des agriculteurs et alimentation plus saine : #PenserDemain épisode 2.

Penser demain avec Hélène Le Teno

Pour l’ingénieure et spécialiste des transitions écologiques et numériques, il est impératif de repenser notre modèle agricole.

« Pour 100 euros d'achats alimentaires en France, seuls 8 euros vont à l'agriculteur. Ce sont des données de l'Observatoire français des marges. C'est extrêmement peu, c'est parce qu'on est dans des circuits longs », observe Hélène Le Teno, ingénieure et spécialiste des transitions écologiques et numériques. Pour Brut, elle explique pourquoi, selon elle, il est impératif de repenser notre modèle agricole.

« Dans le secteur agricole et alimentaire, les lobbys sont extrêmement puissants »

L'agriculteur a besoin de vivre de son métier, le consommateur a besoin d'une alimentation saine. À la jonction des deux, quelles sont les nouvelles solutions qu'on peut imaginer ? Il y a deux positions qui s'affrontent. Il y a : « Il faut absolument relancer le plus vite possible après le Covid-19 et revenir à l'identique et à la pleine croissance. » Et d'autres qui diraient : « C'est l'occasion rêvée de faire la révolution verte. » On est dans un débat très polarisé où on n'arrive plus à réfléchir sainement.

Dans le secteur agricole et alimentaire, les rapports de force, mots élégants pour dire les lobbys, sont extrêmement puissants. Et donc, toute tentative de changement ou de transition et de transformation dans une approche « David contre Goliath » est plutôt vouée à l'échec. Les acteurs de la chaîne agro-alimentaire présentent des très fortes concentrations à certains endroits. Les grandes coopératives agricoles, les très gros fournisseurs d'intrants, les géants de la grande distribution…

« Le renouvellement des générations est un enjeu crucial »

Ces rapports de force inégaux dans les négociations font que nous ne sommes pas dans des systèmes harmonieux. Pour arriver à des systèmes agricoles et alimentaires plus harmonieux, quels seraient peut-être des leviers de transformation positive ? Je vais en citer quelques-uns.

Le premier, c'est que, à supposer que les Français aient envie d'une assiette délicieuse, bonne pour la planète et bonne pour la santé, encore faut-il que l'ensemble de la profession agricole puisse et veuille la produire. Qu'elle veuille est une chose, qu'elle sache en est une autre. L'attention portée à la transition des compétences est majeure. Pourquoi ? Parce qu'en agriculture, le renouvellement des générations est un enjeu crucial.

Partout où des agriculteurs âgés s'en vont, bien souvent, ce qu'il se passe, c'est une extension des fermes. Autrement dit, un rachat des terres par des voisins ou par des holdings foncières.

« L'agriculture n'est pas un métier qui s'apprend sur les bancs de l'école en trois mois »

Aujourd'hui, l'accompagnement à la formation des agriculteurs et notamment à des pratiques viables, durables, est largement insuffisant, largement sous-financé. C'est une des raisons pour lesquelles des structures comme « Fermes d'avenir » ont mis en place de compagnonnage, parce que l'agriculture n'est pas un métier qui s'apprend sur les bancs de l'école en trois mois.

Deuxième clé : le pouvoir de choisir. Bien entendu que du côté du consommateur, le pouvoir de choisir est plus important que le pouvoir d'achat. Certains diront : « Si je n'arrive pas à boucler les fins de mois, je ne peux plus », c'est vrai. Sauf que des études très sérieuses de l'Inra et de Yuna Chiffoleau nous montrent que l'ensemble des Français font de plus en plus appel aux circuits courts. Pas seulement les personnes les plus aisées. Les circuits courts, c'est quoi ? C'est le drive fermier, c'est la vente à la ferme, c'est le marché à côté de chez soi, c'est l'Amap, c'est plein d'autres circuits numériques.

Aider l’agriculteur qui veut changer de pratiques ou le jeune agriculteur qui s'installe

Troisième levier : le financement de l'agriculture qu'on souhaite pour demain. Savoir comment faire si un agriculteur veut changer de pratiques ou si un jeune agriculteur veut s'installer. La plateforme de financement participatif Blue Bees, c'est une plateforme de crowdfunding dédiée à l'agro-écologie. On peut, avec son propre argent, en don ou en prêt, soutenir des agriculteurs jeunes et moins jeunes qui s'installent ou qui transforment leur exploitation. C'est un pouvoir d'agir à travers le financement que je trouve extrêmement intéressant dans une phase de transition.

« Sortir de la dépendance aux énergies fossiles »

Une deuxième question plus structurante sur le financement de l'agriculture, c’est qu’aujourd'hui, on nous dit : « L'avenir de l'agriculture, c'est la technologie, le drone, l'intelligence artificielle, les capteurs dans les champs. » Loin de moi l'idée de dire qu'il ne faut pas plus de technique ou de technologie en agriculture, mais il en faut certainement moins, et aux bons endroits.

Moins, pourquoi ? Pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles plus vite, ou en tout cas ne pas l'aggraver. Moins pour avoir une agriculture résiliente, moins pour laisser la place à la science à l'agro-écologie et pas seulement à la technique.

« Il manque une entreprise coopérative agricole »

Enfin, dernier levier, l'évolution des modèles de gouvernance en agriculture. Une entreprise agricole aujourd'hui, c'est très souvent une EARL, une entreprise agricole à responsabilité limitée, ou un GAEC, une entreprise agricole en collectif. Il manque quelque chose. Il manque une entreprise coopérative agricole dans le bon sens du terme.

La prise de risques en agriculture est déjà forte, elle le sera encore plus demain avec des tensions sur le pouvoir d'achat ou sur la météo et le climat et sur l'effondrement de la biodiversité. Est-ce qu'on souhaite que tous nos agriculteurs soient en risque permanent ou est-ce qu'on souhaite voir éclore des modèles d'entreprises différents en agriculture ?

Je pense qu'une des clés du succès, c'est que l'agriculture s'inspire de tout ce qui a été fait de fantastique dans l'économie sociale et dans les modèles de gouvernance un peu nouveaux qu'on voit fleurir partout. Moi, je reste extrêmement optimiste sur la capacité de l'agriculture à traverser des époques extrêmement complexes.

01/05/2020 18:28
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176 commentaires

  • Stephanie C.
    9 minutes

    VEGETALISATION... tous les scientifiques le disent

  • Jeanclaude G.
    2 heures

    Si tu manges que des corn Flakes Américain Et du Soja Chinois, c'est un peu normal. A nous de changer nos habitudes. Jusqu'a présent ce n'est pas le gouvernement qui fait la cuisine chez moi

  • Geneviève G.
    2 heures

    oui mais la qualite et fraicheur par rapport au super marche merite un petit plus la sante est ds l assiette

  • Omar B.
    3 heures

    Salam

  • Jean-denis C.
    4 heures

    L ' alimentation mondiale dépend de 10 multinationales qui ne font qu ' appauvrir les agriculteurs,la nature,les animaux. En France, il faudrait un plan national sur 20,30 pour que la majorité des agriculteurs retravaillent comme leurs ancètres. Dans le respect de la terre,des animaux,de la nature.'

  • Quentin S.
    4 heures

    La pastèque 7 euro la dernière fois

  • Sylvie C.
    4 heures

    Eh oui! Comment les plus démunis pourraient ils manger comme nous tous le devrions tous? Je ne vois pas comment ! Pas demain la veille!

  • Arnaud G.
    5 heures

    En fait c est dégueulasse voilà !!!!!

  • Gerard D.
    5 heures

    Il m'est arrivé d'acheter des produits en ferme et j'entendais les gens dire : Quand on achète ici, on sait d'où ça vient ! Personnellement, je ne vois pas l'intérêt. Si c'est pour acheter la même daube que dans les grandes surfaces et au même prix ??? Le producteur vend la même mauvaise qualité .

  • Hélène L.
    5 heures

    👍

  • Ivan M.
    5 heures

    Merci, vous avez raison c'est aux consommateurs a vous soutenir.

  • Katrin K.
    6 heures

    Excuse-moi mais c’est vous les idiots qui achètent en grande surface pourquoi vous n’achetez pas directement aux producteurs

  • Jocelyne L.
    6 heures

    En France, un restaurateur, un hôtelier, ne va toucher que.....1 % de son chiffre d AFFAIRES tous frais payés, selon une étude ACCORD, dans les bonnes années à condition qu il n ait pas une réparation urgente, ou qq imprévu,

  • LN M.
    7 heures

    Non ! Encore la pression des lobbys industriels dans les pesticides pour nous empoisonner. Merci Madame pour l’information, mais on le savais déjà .

  • Jean-claude B.
    7 heures

    Bonjour, j'ai lancé une pétition sur change.org, merci de la signer et la diffuser en la partageant https://www.change.org/StopAuxMesuresSuiteAuCovid19

  • Jacqueline L.
    7 heures

    Je trouve que les légumes n ont aucun goût le plus c est les tomates je ne les plus en salade je les fait cuire a la provençale. Les fruits non plus aucun goût a part la banane le reste zéro

  • Marie-Thérèse D.
    7 heures

    Les agriculteurs doivent se regrouper pour assurer au maximum l'écoulement de leurs produits directement aux consommateurs et ainsi s'assurer un revenu suffisant pour en vivre dignement et développer des techniques de production respectueuses de la nature. L'agriculture est un métier d'avenir car tout le monde a besoin de se nourrir

  • Samuel C.
    7 heures

    Alphabet message vidéo eyove sami

  • Bruno O.
    8 heures

    Qu'ils allaient pleuvoir mais je ne sais plus encore ce matin

  • Philippe L.
    8 heures

    Il y a 30 ans le budget alimentaire d’un foyer représentait environ 40% du salaire aujourd’hui il est de 20 % par contre à l’époque tout le monde vivait bien aujourd’hui les 20% non utiliser en alimentaire vous servent à payer les téléphones portables abonnements internets et beaucoup plus de loisirs etc..... aujourd’hui à midi vous manger dans les cantines d’entreprise pour pas cher ( ca vient de l’étranger ) pour avoir des prix bas Alors si vous manger des produits étrangers sans aucune garantie sanitaire , bourrés de saloperies ne le trouvez pas étonnant et ce n’est que le début Nous les agriculteurs ont ne va pas jouer longtemps au têtu mais prévoyez des Canadairs car les friches reviendrons

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