Salhia Brakhlia a filmé les coulisses de France Info

Pendant un an, elle a filmé la relation entre les journalistes et les politiques hors antenne. Salhia Brakhlia a répondu aux questions de Brut.

“Moi, j'ai vu des personnes trembler”

“On a posé une caméra dans la matinale, dans les coulisses de France Info, tous les matins, pendant un an, en période électorale. Et, voilà, on a voulu faire opération transparence.” Salhia Brakhlia est la coprésentatrice de la matinale de France Info. Durant cette année riche en actualité politique avec les présidentielles, elle a filmé les moments hors antenne de chaque émission. Son objectif: montrer ce qu’il se passe réellement derrière les interviews et prise de parole des candidats. Elle en a fait un film, Service Public, au cinémace 23 novembre. “En période électorale, il y a beaucoup plus de stress, beaucoup plus de pression, on ne les voit pas arriver pareil, hein, que lorsqu'il n'y a pas d'élection. Littéralement, à chaque prise de parole, ils risquent leur campagne, en fait, ils risquent leur candidature.” C'est qui, Emmanuel Macron, le Président de la République ?

Les coulisses des prises de parole

“Aujourd'hui, ils sont un peu plus détente, mais pendant l'élection présidentielle, moi, j'ai vu des personnes trembler, agiter leurs pieds sous le plateau, où on ne voyait pas, gribouiller sur leurs notes une fois qu'ils avaient dit un mot qui était important pour eux. Ils savent que quand ils font un média, quand ils interviennent dans un média, ils doivent marquer le coup. Bon, alors, il y en a qui marquent par leur prestance, par leur charisme et puis il y en a qui se disent ‘moi, je vais passer par les punchlines’. Et donc, oui, on les voit, en amont, préparer leurs punchlines. Et quand on assiste à ça, on se dit ‘ah ouais, d'accord, c'est comme ça que ça se passe vraiment’”, décrit la journaliste. Une journaliste italienne subit une agression sexuelle en plein direct

“Il y en a qui arrivent avec des fiches, où il y a des punchlines, où il y a des chiffres à caser, où il y a des éléments de langage. Pour la plupart, ils ont tous leur petite fiche et, voilà, pendant une demi-heure, ils doivent essayer de tout caser. Notre rôle à nous, c'est d'essayer de casser tout ça, de casser ces éléments de langage, de casser cette langue de bois, pour avoir un discours vrai.” Journaliste et fixeur sur "Une balle dans la tête", il raconte son métier

“Si on embête un peu tout le monde, on fait à peu près bien notre boulot”

Mais cette stratégie ne les empêche pas de recevoir des critiques. “Tous les matins, j'ai des critiques. Mais c'est souvent des militants de partis qui… voilà, qui tweetent à tout va. Si je reçois un ministre ou un élu de la majorité, je suis forcément une macroniste parce que je n'ai pas posé les bonnes questions, si je reçois un membre de La France insoumise, je suis une gauchiste, si je reçois quelqu'un de l'extrême-droite, du Rassemblement national, bah voilà, j'ai laissé la propagande du RN glisser sur l'antenne. Si on fait l'addition de toutes ces critiques, on se rend compte que, bon, on est un peu équilibré, ça veut dire qu'on embête un peu tout le monde, et donc on fait à peu près bien notre boulot.” 3 moments qui ont changé la vie de Julian Bugier

“Le but du film, en fait, c'est de montrer aux Français, de montrer à ceux qui nous regardent, ceux qui nous écoutent tous les matins, qu'en fait, être journaliste, ça ne s'improvise pas”, ajoute la présentatrice. “Moi, je ne suis pas copine avec les politiques, je ne les vois jamais en dehors de mon plateau… Je les accueille, ils viennent faire l'interview, je leur dis au revoir et c'est terminé, je ne les revois plus après.” Un an après "Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste"

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Brut.