Pont de Gênes: jusqu'à 12 ans de prison pour les ex-dirigeants de la société d'autoroutes

REUTERS/Guglielmo Mangiapane
Trente-deux accusés ont été condamnés jeudi à des peines allant jusqu'à 12 ans de prison ferme à l'issue du procès de la catastrophe du pont Morandi de Gênes (nord-ouest de l'Italie), qui avait fait 43 morts.
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Plusieurs ex-dirigeants d'Autostrade per l'Italia, dont l'ancien directeur général Giovanni Castellucci, ont été condamnés pour négligence après l'effondrement du pont Morandi à Gênes en 2018, qui avait fait 43 morts. Les proches des victimes saluent une décision historique, estimant que la catastrophe aurait pu être évitée.

"Graves erreurs"

Le concessionnaire Autostrade, sa filiale d'entretien, le ministère des Infrastructures et des Transports: le tribunal a partagé les responsabilités entre les différents dirigeants chargés de garantir la sécurité du vieux pont en béton armé.

Les ex-numéros 2 et 3 d'Autostrade ont été condamnés respectivement à cinq ans et demi et 11 ans de prison, tandis qu'un ancien cadre du ministère chargé de la supervision des concessions autoroutières a écopé de cinq ans de prison.

Vingt-huit autres autres co-accusés - sur un total de 57 - ont été reconnus coupables et condamnés à des peines d'au moins un an et 11 mois de prison avec sursis, selon une copie du verdict consultée par l'AFP.

"C'est une journée au poids historique et émotionnel énorme pour la ville de Gênes", a commenté la maire de la ville, Ilaria Salis, dans le tribunal.

Le vice-ministre italien des Infrastructures et des Transports, Edoardo Rixi, s'est félicité que "les responsabilités aient finalement été établies".

Les magistrats avaient notamment pointé lors du procès qu'"entre l'inauguration (du pont) en 1967 et l'effondrement, 51 ans plus tard, il n'a pas été procédé aux interventions de maintenance minimales pour renforcer les câbles du pilier numéro 9", qui s'est affaissé le jour du drame.

La fragilité des câbles était connue et des travaux avaient été réalisés sur deux piliers identiques, les 10 et 11. Des travaux étaient prévus sur le 9.

"Innocent"

Cette tragédie avait jeté une lumière crue sur le piètre état des infrastructures de transport en Italie et sur le rôle trouble de la société d'autoroutes Autostrade, accusée d'avoir failli à l'entretien de l'ouvrage d'art pour réaliser des économies.

Me Giovanni Paolo Accinni, avocat de Giovanni Castellucci, a cependant estimé jeudi que son client était "innocent" et qu'il fera appel.

Selon la thèse principale de la défense, c'est un vice de construction caché, soit une corrosion des câbles du pont, qui a provoqué son écroulement, et non un manque d'entretien. 

Si leurs anciens dirigeants se sont retrouvés sur le banc des accusés, la société Autostrade et sa filiale Spea ont en revanche échappé au procès grâce à un accord conclu avec le parquet.

Au moment du drame, Autostrade appartenait au groupe Atlantia, contrôlé par la richissime famille Benetton, qui a fini par céder sa part en mai 2022 à l'Etat, poussé vers la sortie sous la pression de la classe politique et de l'opinion publique.

A quelques kilomètres du tribunal, au-dessus d'un mémorial pour les victimes, un nouveau pont dessiné par l'architecte génois Renzo Piano et inauguré en 2020 accueillait jeudi le dense trafic des vacanciers.

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