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Un modèle de ferme bio intensive pour transformer l'agriculture mondiale

"Ce qu’on veut, c’est remplacer l’agriculture de masse par une masse d’agriculteurs" Une ferme à "échelle humaine" et rentable, c’est ce qu’a créé le québécois Jean-Martin Fortier. Et il souhaite montrer qu’une révolution agricole est possible. Brut nature l’a rencontré.

Agriculture : une micro-ferme bio intensive et engagée

Au Québec, Jean-Martin Fortier a fondé les Jardins de la Grelinette, une micro-ferme bio intensive devenue un modèle du genre.

« L'idée, c'est de multiplier le nombre de petites fermes. Ce qu'on veut, c'est remplacer l'agriculture de masse par une masse d'agriculteurs qui font une agriculture de bienveillance », affirme Jean-Martin Fortier, agriculteur québécois. Il a fondé il y a 15 ans les Jardins de la Grelinette une micro-ferme bio intensive. Explications.

Jusqu'à 100.000 $ de revenus par hectare de légumes

Quand on vient sur ma ferme, il y a deux choses qui captivent totalement les gens : la beauté de l’endroit et sa petitesse. Il y a un étang, des niches écologiques pour les couleuvres, pour les oiseaux… Et il y a également des légumes qui poussent sur chaque mètre carré. On a maximisé l'espace de production. C'est à peu près la grandeur d'un terrain de foot.

Mais on réussit, même si la ferme est sur une petite surface cultivée - moins d'un hectare - à bien gagner notre vie. On génère jusqu'à 100.000 $ de revenus par hectare de légumes produits. C’est très rentable, très performant. Et puis, on réussit à avoir un impact dans notre communauté. Ça, c'est ce qui était important.

« On n'a pas de tracteur »

L'élément qui fait que notre ferme fonctionne bien, c'est qu'on n'a pas de tracteur. Pour un hectare on a quatre employés, et plus de 200 personnes qu'on nourrit. Si on multiplie cette ferme-là par 10.000, ce serait une contribution importante à l'emploi, surtout si ce sont des emplois en région, surtout si ce sont des emplois intéressants !

Moi, quand je suis dans le champ, ma journée, c'est écouter les oiseaux, c'est être avec mes collègues, c’est de faire de l'écologie appliquée. Je vais ramasser des carottes, des radis. Après ça, je vais aller faire un semis, je vais aller préparer le sol, je vais aller conditionner les légumes… Tu sais, dans ma journée, il y a pas de monotonie.

« Mon métier est coloré, dynamique, agréable »

On est toujours en train de varier les tâches. On va aussi vendre nos légumes directement. Des gens viennent nous remercier, ils nous disent : « Merci pour la salade, merci pour les belles carottes, merci pour pour le beau travail. » Tout ça en une journée, en une semaine. Je trouve que mon métier est coloré, dynamique, agréable, même si c'est difficile, même si on travaille dur.

Je pense que c'est un acte politique de prendre… j'allais dire les armes, mais c'est pas ça… de prendre les fourches ! De mettre ses bottes et d'aller au champ. C’est le retour en avant, c'est montrer par l'exemple, c'est arrêter de rouspéter et de faire les Che Guevara de salon. C’est se dire : « Moi, je fais, j'ai un impact, je contribue, je suis un acteur du changement, je suis un agriculteur, je suis fier, je fais un beau métier et je contribue à un monde meilleur. » C'est ça, le message qu'il faut donner pour que des jeunes s'y intéressent, pour que des gens sautent le pas, qu'ils deviennent des révolutionnaires agricoles. Il faut que ça s’accélère.

« Ce qu'on veut, c'est nourrir la communauté »

Souvent, certains émettent des doutes : « Est-ce que les micro-fermes peuvent nourrir le monde ? », « Est-ce que la France peut être nourrie par la multiplication des petites fermes ? » Trois choses. Premièrement, aujourd'hui, dans le monde, ce sont les fermes familiales qui nourrissent la planète. Tous les rapports de l'ONU le disent. Il existe un mythe selon lequel c'est la grosse agriculture industrielle qui nourrit le monde. Deuxièmement, c'est une fausse question ! On s'en fout de nourrir le monde, ce qu'on veut, c'est nourrir la communauté, fournir le restaurant du coin, faire partie d'une « bio coop ». Il faut arrêter de voir trop large. Troisièmement, le modèle dominant, aujourd'hui, c'est un cul-de-sac. Il faut essayer autre chose.

« Notre modèle se multiplie à une vitesse intéressante »

Mais notre modèle de micro-ferme se multiplie à une vitesse intéressante. Les gens appliquent les mêmes méthodes, les mêmes techniques, les mêmes idées. C'est ça qui est beau : on peut s'établir sans avoir un parc de machinerie, sans avoir 50 hectares. On peut louer une terre, faire de l'agriculture en ville… Quand on travaille avec des outils manuels, c'est ça qui permet, finalement, de rendre le métier accessible.

Ce que je prédis, c'est que dans un avenir proche, il va y avoir ce qu'on appelle le « tipping point », : les anciens agriculteurs agro-chimiques voudront prendre leur retraite. Personne ne voudra prendre la relève d'une ferme qui pollue, d'une ferme porcine qui, finalement, n'est pas très intéressante à administrer ni à gérer. Au final, je pense que tous le nombre de jeunes qui veulent faire de l'agriculture écologique va augmenter. Quand on attendra ce point de bascule, j'espère que les politiques et nos élus vont favoriseront ce modèle agricole. C'est ce que j'espère, c'est pour ça que je travaille.

29/01/2020 19:14
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703 commentaires

  • Fredo P.
    11 heures

    J adore le deuxiement c est si reel, et surtout pas egoiste parce que si on s occupaient de notre comminaute en premier il serait plus facile apres de s occuper des autres. mais par interet .........

  • René P.
    15 heures

    Comment ces sols sont-ils fertilisés en azote et minéraux ? Est-ce que la fertilisation est le facteur limitant de ce modèle d’agriculture régénérative ?

  • Marcela O.
    18 heures

    une phrase " arrêter de faire le Che Guevara de salon"

  • Claudine C.
    2 jours

    allez c'est partie

  • Jérémy L.
    2 jours

    , nous on va avoir notre producteur bio et permacole à cabanac 😉

  • Coralie R.
    2 jours

    Tellement d’accord !!!!! Merci 🙏

  • Alain B.
    3 jours

    Oui, c'est une belle idée, mais quel en sera le coût et celui des produits ? J'ai connu cela, les petits paysans avec leur petite ferme et leur 4 à 9 vaches. C'était dans les années 60/70, Ils vivaient en famille, à 3/4/5/6 personnes, et ne gagnaient pas "grand chose", même en vendant leurs légumes (tout à fait bio),sans aucun engrais, car les produits de traitements n'étaient que peu connus et surtout bien trop chers. Pas de frais, ni télé, ni frigo, ni téléphone, encore moins internet juste une assurance pour les bâtiments et parfois la maison... Alors, comment allez vous pratiquer pour en vivre correctement ? Et surtout pour faire renaître un système qui a déjà existé et n'était que très très peu rentable ? Attention à l'utopie, ça a déjà existé avec nos éleveurs de chèvres, fabricants de fromages, et très peu sont restés, si peu , qu'il n'en reste pas un seul !!!

  • Joel T.
    3 jours

    Bravo ! L'avenir est là. Fini les grosses exploitations qui détruisent l'environnement et font "crever" leurs exploitants. Allez les jeunes !👍👍

  • Dominique T.
    3 jours

    Pourquoi ne pas obligé les grands propriétaires terriens de la Beauce à donner en fermage, sur ce modèle, 1hectare de leur terre contre l'octroi de leur subvention européenne ? Pour eux pas de grande différence sur leur rendement et peu être cela les ferait t'il changer de comportement vis-à-vis de la terre !?

  • Philippe D.
    3 jours

    Un exemple à suivre par nos jeunes générations 👍🤩

  • Jean L.
    3 jours

    C est un retour à la case no. 1 .Ce servir de la nature pour s en faire une amie,sans la détruire aux pesticides,bravo le bio.

  • Mariaelena O.
    3 jours

    Bravo 👏🏼

  • Muhigirwa D.
    4 jours

    Merci.interessant.

  • Rudy G.
    4 jours

    Pour nourrir 7 milliards voire bientôt 10 milliards d'humains...

  • Denis P.
    4 jours

    Nico Goualan la France dans toute sa splendeur, je vis au Québec depuis 19ans et les Québécois sont tout sauf des donneurs de leçon comme vous semblez l'avoir ressenti. Si vous lisez le sous titre de la vidéo "Une ferme à "échelle humaine" et rentable". On parle de 1 ha 100mx100m pas de 5-50 ou 200 même 10 000 ha. Certes les prairies du Canada sont parfois immense pour la culture des céréales comme certaines en France. Mais le Québec n'est pas le Canada, la vallée du Saint Laurent a été partiellement envahi par la l'urbanisation, certaines de ses meilleures terres ont été transformé en centre d'achat, comme en France d'ailleurs. Monsieur Fortier fait juste la démonstration sur 1 seul hectare de culture maraîchère rien de plus, il n'utilise rien d'autre que sa grelinette pour travailler le sol. l y a certes de très nombreuse bonne ferme en France mais elle reste encore très mécanisé avec beaucoup d'intrants chimique vous ne pouvez pas dire le contraire. Vous critiquez sans connaître vraiment son projet. Il a reçu un prix de ses pairs pour le rendement des investissements, de la part de l'organisme financier qui au début ne voulait pas croire en son projet. La France n'a vraiment pas leçon à donner quand on voit par exemple la quantité de sulfite qu'il y a dans les grands crus que l'on paie plusieurs milliers d'euro et tout le monde s'en fout. La charcuterie Bretonne qui était une des meilleurs d'Europe mais qui maintenant est bourré de Nitrite. L'industrie laitière ulra financé par l'Europe qui va bientôt déverser une partie de ses surplus de fromage au Canada qui avec sa gestion de l'offre arrive à pérenniser les revenus des producteurs et éviter les surplus. Voulez vous que l'on continue sur les leçons? Je pense que le professeur devrait être un peu plus humble, le Canada n'est pas parfait mais ce monsieur est un exemple à suivre.

  • JF M.
    5 jours

    Génial! Que du bon sens dans ce discours

  • Goldy M.
    5 jours

    Comme quoi il y a bien des alternatives à la culture intensive basée sur les pesticides et autres poisons , n'en déplaise à la FNSEA

  • Pasteur L.
    6 jours

    Je reçois Amen je reçois Amen je reçois Amen

  • Nathalie P.
    6 jours

    😏

  • So F.
    6 jours

    on s'y met quand bébé 😋👏