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Confinement : violences à huis clos

Pendant le confinement, les violences conjugales ont considérablement augmenté. Pour Brut, Charles Villa a pu suivre le travail de la procureure Sophie Partouche à Nancy. ⚠️ Attention : certaines images peuvent choquer.

Confinement : violences conjugales à huis clos

Depuis le début du confinement, les violences volontaires d’hommes sur leur compagne ou ex-compagne ont augmenté. Brut a pu suivre la procureure de la République Sophie Partouche, qui s'occupe notamment des violences conjugales au tribunal de Nancy.

Dans toute l’Europe, depuis le début du confinement, les services d'urgence ont enregistré jusqu'à 60 % de hausse des appels de femmes victimes de violences conjugales, a indiqué l’Organisation mondiale de la santé. Cette hausse, la procureure de la République au tribunal de Nancy, Sophie Partouche, la constate au jour le jour. « Ce qu'on repère, c'est que la plupart des affaires qui continuent à arriver sont des affaires de violence intrafamiliale. Dans tous les cas, il y a des violences conjugales », analyse la magistrate.

« La domination est masculine »

Notre reporter Charles Villa a pu suivre Sophie Partouche lors de plusieurs audiences. Face à elle, presque uniquement des hommes. « Les victimes de violences conjugales sont majoritairement des femmes. En ce sens, on peut parler de femmes battues. On en reçoit beaucoup. Il y a des situations d'emprise. Et dans la plupart des cas, la domination est masculine », explique la procureure de la République.

Pendant les audiences, Sophie Partouche récapitule les faits rapportés par la femme ou l’enfant témoin – parfois victime lui aussi – au conjoint violent. « Une fois dans la buanderie, papa a poussé ma maman mais elle s'est retenue, papa a donné un coup de pied à maman, il a attrapé le téléphone, il a voulu donner un coup sur maman avec le téléphone, c'est moi qui ai reçu le coup sur la tête », récite la procureure à un père.

« Elle dit que c’est habituel, que c'est la routine »

Elle demande également aux hommes mis en cause s’ils savent pourquoi ils ont été arrêtés. Certains sont dans le déni. « Ma conjointe, je lui ai mis deux claques et deux coups de poing, c'est tout ! », clame un suspect. « Elle a pris des claques, des coups de poing dans le bas-ventre, des bleus également sur les cuisses… Vous lui avez plaqué la tête contre le matelas, à califourchon sur elle vous lui avez arraché les cheveux », rappelle alors la magistrate.

Beaucoup tentent par ailleurs de se défendre, affirment qu’ils n’avaient pas toute leur tête au moment des faits. « Ça m'a fait mal au cœur, j'étais pas moi-même. Je pensais aux enfants. Je pensais même à elle, puisque c'est la mère de mes enfants. Je l'ai aimée et je l'aime toujours », assure un autre père de famille. Mais Sophie Partouche lui remet les idées en place : « Vous savez ce qu'elle dit ? Que c’est habituel, que c'est la routine. »

« Les gens dégoupillent : ça fait des semaines qu'ils sont les uns sur les autres »

Le phénomène des violences conjugales touche toutes les couches de la société, selon la magistrate. « Après, statistiquement, c'est un phénomène qu'on voit plus fréquemment chez les populations précaires », précise-t-elle. Comment expliquer ce phénomène de hausse observé pendant le confinement ? « Pour parler vulgairement, les gens dégoupillent. Ça fait des semaines qu'ils sont les uns sur les autres », résume Sophie Partouche.

Depuis le début de la crise toutefois, dans les affaires de violences conjugales, elle indique voir beaucoup de personnes parfaitement insérées dans la société. « Ce sont des gens normaux, qui travaillent en temps normal, mais qui se retrouvent tout d'un coup plongés dans une situation dans laquelle ils ont perdu leurs repères. » Elle donne l’exemple d’un dossier traité récemment. Un homme, marié depuis 17 ans avec une femme, se met à la battre. « Effet confinement : trois enfants, Monsieur travaille dans une entreprise, Madame est coiffeuse. Chômage partiel pour lui et cessation d'activité pour elle. »

Presque tous ont été eux-mêmes victimes de violences dans leur enfance

La plupart du temps, les hommes violents doivent suivre un stage de prévention et de responsabilisation. Brut a pu se rendre à l’un d’entre eux quelques mois avant le confinement. Ces stages sont indiqués dès le premier acte de violence, avec l'espoir de mettre un terme le plus tôt possible aux brutalités. Mais certains agresseurs eux n'ont pas conscience de la gravité de leurs actes. En outre, presque tous ont été eux-mêmes victimes de violences dans leur enfance.

« Mon père me frappait avec ses mains. Avec ses chevalières. J'étais généralement dans mon lit, quand je l'entendais débarquer à 4h du matin. Ça me réveillait et je tremblais comme une feuille morte », raconte l’un des hommes présents. Aussi, Sophie Partouche en est consciente : les faire totalement adhérer à ce qui leur est dit pendant ce stage est difficile. Le but est de provoquer une prise de conscience.

Portez plainte au commissariat ou à la gendarmerie et appelez le 3919

La procureure de la République le rappelle : si l’on est en situation de violence conjugale, il faut absolument dénoncer les faits. « L’éloignement du conjoint est toujours possible. On n'exfiltre pas Madame et les enfants. Ça, c'est le paradigme d'il y a 30 ans. Il n'y a pas d'obstacles à ce qu'on mette fin, dans les 24h, à la situation dangereuse », affirme-t-elle. Si vous êtes en danger, vous pouvez porter plainte au commissariat ou à la gendarmerie la plus proche. Vous pouvez aussi appeler le 3919, un numéro vert pour les victimes de violences conjugales.

11/05/2020 09:36mise à jour : 11/05/2020 15:21
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2 commentaires

  • Djemya Flessel
    12/05/2020 15:07

    en tous cas c'est bien de faire u sujet la dessus j'espère en voir bcp plus a l'avenir

  • Djemya Flessel
    12/05/2020 15:06

    ce que je pense c'est que les solutions ne sont pas du tout adaptées pour moi ça devrait établissement psy d'office. et dans les cas de recidive éloignement du salopard par la justice prison a l'autre bout de la France et surtout mieux gérer les établissement pénitentiaire qui permettent aux détenus d'avoir des téléphone et d'harceler leurs victimes, quand c'est pas pire.