Pédopsychiatre, “je ne peux plus garder le silence”

Condamnée par l'Ordre des médecins pour avoir signalé de la maltraitance, la pédopsychiatre Françoise Fericelli témoigne.

“Il y a très peu de suicides d’enfants jeunes. Le principal facteur de risque, c’est l’inceste”

Françoise Fericelli est médecin pédopsychiatre. À deux reprises, elle a été condamnée par l’Ordre des médecins dans le cadre de signalements qu’elle a effectués auprès de la justice pour suspicion de maltraitances physiques, psychologiques et sexuelles sur des enfants qu’elle suivait. L’élément déclencheur a été le suicide de l’un des enfants de la fraterie qu’elle suivait, âgé de moins de 11 ans. “Il y a très peu de suicides d’enfants jeunes. Le principal facteur de risque de suicide à cet âge-là, c’est la maltraitance sexuelle et les situations d’inceste. C’est à ce moment-là que je me suis dit : ”Là, je ne peux plus garder le silence.” J’ai pris contact avec d’autres collègues qui avaient eu ces condamnations, et nous avons décidé d’en parler à la presse. Dans mon cas et dans celui de mes confrères et consœurs, c’est le parent agresseur qui a porté plainte auprès de l’Ordre des médecins qui instruit cette plainte, et qui aboutit à condamner le médecin”. Face aux violences sexuelles, Andrea Bescond veut informer les enfants

Françoise Fericelli a reçu des avertissements de la part de l’Ordre des médecins. D’autres de ses collègues ont été interdits d’exercer, pendant plusieurs années pour certains. “La majorité des médecins condamnés se sentent coupables. Ils ont l’impression d’avoir fait quelque chose de mal. Beaucoup sont en arrêt de travail après ces condamnations. Ce sont des situations très, très difficiles à vivre. Mais le plus grave, c’est que ça conduit à ne pas protéger un certain nombre d’enfants. La solution, ce serait une loi qui permettrait, qui donnerait l’obligation aux médecins de signaler. Non seulement ce serait une loi humaine, mais en plus, ce serait une loi qui protégerait les médecins qui signalent, et qui permettrait de mieux protéger les enfants.” Camille Kouchner : un an après son livre sur l’inceste

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Brut.