DZ Mafia : quelle emprise de la grande criminalité sur le rap ?

Crédit : Capture d'écran YouTube @dikaofficiel
Deux rappeurs marseillais figurent parmi les 26 personnes mises en examen dans l'offensive judiciaire contre la DZ Mafia, illustrant la "porosité" entre le rap et la grande criminalité.
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Le coup de filet baptisé "Octopus" (pieuvre) a visé notamment des suspects déjà en détention: Amine O., Gabriel O. et Mahdi Z., considérés comme les trois "pères fondateurs" de la DZ Mafia et soupçonnés de piloter les activités criminelles qui prospèrent autour du narcotrafic, depuis leurs prisons de haute sécurité.

Samedi, le procureur de Marseille Nicolas Bessone a révélé lors d'une conférence de presse plusieurs autres profils, dont celui de deux rappeurs marseillais. L'un, Dika, qui a collaboré avec Jul, Naps ou encore Sofiane, a été placé sous contrôle judiciaire et l'autre, KITKVT, en détention provisoire, a précisé le procureur.

Selon les enquêteurs, "Youleuh Records", le label de Dika créé en 2024, serait un élément utilisé par le groupe criminel pour blanchir ses revenus illégaux générés par le trafic de stupéfiants, a ajouté Nicolas Bessone, qui a évoqué aussi le rôle de "relais publicitaires" joué par les rappeurs.

La présence de Dika et de KITKVT dans cette opération inédite symbolise la montée en puissance de la criminalité organisée dans le rap, musique la plus vendue en France. 

"Narcoproducteurs"

Ces arrestations viennent "illustrer une fois encore le phénomène de porosité, possiblement d'emprise et de diversification des activités des organisations criminelles", analysent auprès de l'AFP Paul Deutschmann, Simon Piel et Joan Tilouine, journalistes et co-auteurs du livre-enquête "L'Empire, au coeur du rap français" (Flammarion).

Ils y décrivent après deux ans d'enquête comment les stars du deuxième âge d'or (de 2015 à aujourd'hui) - Jul, PNL, Gims... - sont devenues des entrepreneurs à succès en s'affranchissant de l'industrie musicale et décortiquent les liens entre certains d'entre eux et la grande criminalité, avec la participation de certains majors du secteur.

"Il y a plusieurs précédents dans la scène marseillaise sur des relations troubles entre des artistes et des organisations criminelles qui ont investi cet univers de la musique urbaine particulièrement lucrative", affirment-ils. 

Dans "L'Empire", on apprend par exemple que Jul, alors au début de sa carrière, a été contraint de céder les droits de ses cinq premiers albums aux frères Tir, des "narcoproducteurs" locaux - des trafiquants de drogue qui créent leur propre label, signent des contrats avec des rappeurs et perçoivent l'argent propre des maisons de disque (souvent prêtes à fermer les yeux, au profit de la rentabilité des artistes). Pour sauver sa créativité musicale et sa vie, Jul a quitté un temps Marseille pour vivre caché en Corse, protégé par des hommes armés.

"Blanchiment"

Le nom de la DZ Mafia était aussi apparu dans la tentative de racket visant le rappeur marseillais SCH, soldée par l'assassinat d'un de ses proches en août 2024.  

Quand il ne s'agit pas d'être une cible, le rappeur peut être soupçonné de jouer un rôle dans le grand banditisme ou bien d'en être un acteur de premier plan: l'année dernière, le nom de Koba LaD a surgi autour de l'évasion du narcotrafiquant Mohamed Amra, qui a coûté la vie à deux agents pénitentiaires au péage d'Incarville (Eure) le 14 mai 2024. L'artiste a été mis en examen en mars 2025 pour une possible contribution au financement de sa cavale.

Quant à Maes, aujourd'hui emprisonné au Maroc, il est suspecté par la justice française d'avoir commandité des assassinats via des tueurs à gages, dans son quartier des Beaudottes à Sevran (Seine-Saint-Denis), en représailles à trois véhicules brûlés sur le tournage d'un clip fin 2021.

Preuve en est que ce phénomène de société est pris au sérieux par les autorités derrière les strass et paillettes, concerts et ventes records d'albums, le service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) du ministère de l'Intérieur a rédigé le 18 février dernier une note d'information intitulée "Rap et criminalité organisée" pour alerter tous les services d'enquête.

Cette note, que l'AFP a pu consulter, reprend pour l'essentiel les constatations des auteurs du livre "L'Empire" pour tirer le signal d'alarme. "La circulation rapide et fragmentée des flux financiers de l'univers du rap, conclut-elle, attire également l'attention de réseaux en quête de nouveaux vecteurs de blanchiment de fonds".

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