Les chiffres ont de quoi donner le tournis. Plus de 14.000 victimes recensées à travers le monde, près de 4 millions de visites par mois sur le site, 300.000 images, 7000 vidéos, 200.000 comptes d’utilisateurs… Le site CFake était prisé malgré son illégalité. Créée en 2007 par Cyrille B., informaticien, la plateforme hébergeait vidéos et photos détournées de stars, pour les mettre dans des situations pornographiques. Julie Gayet, Audrey Tautou ou Karine Le Marchand : des célébrités françaises étaient aussi concernées. 660 étaient en France et treize d’entre elles se sont constituées partie civile pour le procès.
Ce dernier s’est tenu mardi 7 juillet 2026. et Cyrille B. a été reconnu coupable “d'administration de plateforme illicite et de diffusion de deepfakes pornographiques” par le tribunal judiciaire de Paris.
Selon France Info, il a assuré qu’il créait lui-même “des images et consultait des forums dédiés”, se servant de ses “connaissances” techniques pour avoir une “plateforme plus utilisable”. Sur le site, c’est un véritable référencement qui avait été opéré. Les visiteurs pouvaient, selon France Info, avoir accès à des notations, du partage, du filtrage des images par nationalité et nom de victime et un mécanisme de popularité pour mettre en avant les images les plus visionnées.
Une coopération internationale
Sur son site, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) rappelle que réaliser des deepfakes est sanctionné par la loi. “Le montage réalisé avec l'image d'une personne sans son consentement peut être puni d'un an d'emprisonnement et de 15.000 € d'amende (article 226-8 du code pénal)”. Elle ajoute que “si le montage est à caractère sexuel (...), les peines peuvent être plus lourdes”.
Bien que le procès se soit tenu à Paris, c’est une coopération internationale qui a permis aux autorités françaises d’écrouer Cyrille B en juin dernier. Il a pu être appréhendé par l’intermédiaire des autorités américaines, qui ont remarqué les activités en ligne sur leur territoire avant d’avertir la police française. Le serveur utilisé pour loger le site se trouvait en effet aux États-Unis.
“Un business juteux”
L’informaticien a aussi admis qu’il se rémunérait via de la publicité sur son site. Les autorités ont ainsi saisi chez lui plus de 40.000 euros en cryptomonnaie. “Un business juteux”, a dénoncé la procureure lors du procès. Selon Le Monde, il recevait tous les mois 1200 euros sur les trois dernières années d’activité du site, pour seulement deux à trois heures de travail par semaine.
Cyrille B. a tenté de justifier la longévité des faits reprochés. “Ma prise de conscience a été relativement tardive", a-t-il admis lors de l’audience. “S'il acceptait les demandes de retrait d'images, c'est qu'il avait conscience du risque pénal encouru", a de son côté assuré la procureure d’après France Info. Le Monde ajoute qu’il lui a été demandé de verser près de 83 000 euros de dommages et intérêts aux parties civiles.






