Incognito au milieu des manifestants à Minneapolis, Ilhan Omar a pris la parole

"Ils voudront peut-être parler des bâtiments qui brûlent, mais nous allons parler de George Floyd. Nous allons parler des violences policières." À Minneapolis, incognito au milieu des manifestants, la représentante du Minnesota au Congrès américain Ilhan Omar a pris la parole.

Le discours combattif et empathique d’Ilhan Omar contre les violences policières racistes

Le 3 juin 2020, la députée démocrate du Minnesota a été reconnue lors d’une manifestation pacifique, et on lui a demandé de s’exprimer.

« Ce pour quoi nous nous battons, c'est pour une vie digne. Ce pour quoi nous nous battons, c'est pour un accès égal à l'existence en tant que telle. Ce pour quoi nous nous battons, c'est pour rompre avec 400 ans de brutalité, de victimisation, de surveillance, d'esclavage, d'emprisonnement et de nos vies asphyxiées dans les villes que nous appelons les nôtres », a déclaré le 3 juin Ilhan Omar pendant une manifestation contre les violences policières racistes.

La députée démocrate du Minnesota, d’origine somalienne, a participé à plusieurs rassemblements à Minneapolis, la ville où George Floyd a été tué par un policier blanc. Mais pendant plusieurs jours, personne ne l'a reconnue derrière son masque. Elle a finalement été repérée le 3 juin, et on lui a demandé de s’exprimer. Voici son discours.

« Tout le monde a la meilleure vie, sauf les Noirs et les minorités »

Nous sommes fatigués d'être fatigués. Depuis trop longtemps, on nous parle de la grandeur de Minneapolis et du Minnesota. C'est l'un des paradis du libéralisme, où dans chaque échelon de de la société, tout le monde a la meilleure vie, sauf les Noirs et les minorités. Lorsqu'il s'agit de réussite sociale et économique dans cet État et dans cette ville, nous sommes en bas de tous les échelons.

Je viens ici presque tous les soirs. Je n'avais vraiment pas l'intention d'être reconnue par aucun d'entre vous parce que je viens tous les soirs pour avoir la possibilité d'être en communauté avec vous. Je plaisantais avec les jeunes Somaliens ici présents.

« Je veux avoir une conversation avec mes frères et sœurs noirs »

Je leur ai dit : « Vous êtes les seuls à pouvoir me repérer dans la foule avec mon masque, parce que tout le monde me voit comme tout le monde ici. » J'apprécie vraiment le genre de communautés que nous avons construit ici. Notre communauté souffre.

Je tiens tout d'abord à adresser mes condoléances à la famille de George Floyd. Et je veux que nous le mettions au centre, ainsi que la douleur que sa famille, ses proches et ses enfants ressentent en ce moment. Mais en tant que famille élargie, je veux avoir une conversation avec mes frères et sœurs noirs ici ce soir.

« Nous voulons nous assurer que nous retirons nos fonds à la police »

Nous voulons nous assurer que nous retirons nos fonds à la police et que nous utilisons ces ressources pour investir dans nos communautés. Ici à Minneapolis, nous nous sommes trouvés dans cette situation pendant trop longtemps. Nous avons pleuré la mort de nombreux membres de notre communauté aux mains de la police de Minneapolis, ce qui, à mon avis, et l'avis de tous les autres, est une violence sanctionnée par l'État.

Ce que nous voulons, c'est qu'il soit mis fin à cette brutalité. Je veux élever mon fils noir pour qu'il vive dans un endroit où il pourra réaliser son plein potentiel. Je veux que les frères n'aient pas les conversations que leurs mères et leurs pères ont eues avec leurs fils.

« Ce que nous voulons, c'est la possibilité de respirer, de vivre et de s'épanouir »

Aucune autre communauté ici aux États-Unis ne passe par un processus dans lequel ils disent à leurs enfants comment ne pas se faire tuer par les officiers de police qui sont chargés de les protéger et de les servir. Et cette conversation doit prendre fin. Car ce que nous voulons, c'est la possibilité non seulement de respirer, mais aussi de vivre et de s'épanouir.

Ma sœur, Ayanna Pressley, du Massachusetts, et moi-même, ainsi que Karen Bass et Barbara Lee, avons présenté une résolution visant à reconnaître la brutalité policière, le racisme et les injustices systémiques qui continuent de brutaliser, de déshumaniser et de criminaliser les corps des Noirs dans ce pays.

Une résolution visant à reconnaître la brutalité policière bientôt mise au vote

Depuis l'époque de l'esclavage, jusqu'au lynchage des Afro-Américains, en passant par Jim Crow, l'incarcération massive et maintenant la brutalité policière. Il faut que cela cesse et cela commence par reconnaître le problème. Dans les prochaines semaines, nous allons donc mettre cette résolution au vote.

J'ai versé une larme, l'autre jour, lorsque Lake Street et North Minneapolis ont été incendiées. Je n'ai pas pleuré parce que c'était une propriété qui était en train d'être détruite. J'ai pleuré parce que c'était un symbole de rêves et d'opportunités qui était pris d’assaut et disparaissait sous nos yeux.

Ce que je sais, c'est que chaque jour, lorsque nous déferlons dans les rues, cela nous rapproche de l'objectif de faire en sorte que nous ne mendions plus de miettes, mais que nous obtenions un vrai investissement dans nos communautés. C'est le but principal de tout cela. Nous ne pouvons pas continuer à demander que nos communautés restent pacifiques si nous ne leur donnons pas une voie de justice adéquate.

« Ils voudront peut-être parler des émeutes, mais nous allons parler de George Floyd »

Nous devons être stratégiques et nous devons être méthodiques dans l'organisation et la mobilisation pour ce qui pourrait être possible pour nous tous. Je veux donc que vous tous ne perdiez pas la vue. Ils voudront peut-être parler des émeutes, ils voudront peut-être parler des bâtiments qui brûlent, mais nous allons parler de George Floyd.

Nous allons parler de la brutalité policière. Nous allons parler de la militarisation de nos services de police. Nous allons parler de la négligence sociale et économique à laquelle nous avons tous été confrontés pendant des décennies. Et nous allons tous parler d'un avenir meilleur que celui auquel nous faisons face actuellement.

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Brut.
4 juin 2020 18:35