Afghanistan : la loi autorise les violences conjugales

Crédits : Reuters
Le 4 janvier, le chef suprême des talibans a promulgué un nouveau Code pénal en Afghanistan. Rendu public plusieurs jours plus tard par l’ONG Rawadari, le texte autorise les violences conjugales et suscite de vives inquiétudes quant à la disparition des protections juridiques pour les femmes.
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En quoi consiste ce nouveau Code pénal ? 

Ce texte de 90 pages, contenant 119 articles, signé par le chef suprême des talibans en Afghanistan, place littéralement les femmes dans une situation juridique semblable à celle de l’esclavage. 

Par exemple, le texte reconnaît aux maris le droit d’infliger à leur épouse des “sanctions dites discrétionnaires”, autorisant des coups à condition qu’ils ne brisent pas leurs os ou qu’ils ne causent pas de plaies ouvertes.

Une justice qui reste théorique 

Il existerait quand même un recours devant la justice pour les femmes victimes d’agressions, sauf que les conditions imposées ne permettent pas vraiment d’avoir accès à cette justice. Les plaignantes doivent pouvoir prouver des blessures graves, en présentant leurs plaies au juge, et ce tout en restant couvertes. Elles doivent comparaître entièrement voilées devant le juge et être accompagnées par un tuteur masculin, souvent le mari, alors que dans la majorité de ses affaires, il est lui-même l’agresseur. 

15 jours de détention pour violence conjugale, 5 mois pour l’organisation de combats d’animaux 

Et désormais le texte précise : “Même en cas d’agression grave reconnue, la peine maximale encourue pour un mari violent est limitée à 15 jours de détention.”

Deux semaines de prison, donc. À titre de comparaison, l’article 70 du même code prévoit jusqu’à 5 mois d’emprisonnement pour “l’organisation de combats d’animaux”, une peine quasiment 10 fois plus lourde que celle infligée aux auteurs de violences domestiques. 

Se réfugier chez leurs parents devient un crime pour les Afghanes

D’autres mesures régressives apparaissent dans ce nouveau code. L’article 34 prévoit que si une femme se rend à plusieurs reprises chez sa famille sans l’autorisation de son mari, même pour chercher refuge, elle s’expose à des poursuites pénales et peut être considérée comme criminelle, tout comme sa famille. En Afghanistan, aider une femme victime de violences conjugales est désormais passible de sanctions

Un recul spectaculaire des droits des femmes depuis le retour des talibans

Depuis la prise de pouvoir des talibans le 15 août 2021, les femmes ont vu une grande partie de leurs droits supprimés. Elles n’ont plus accès à l’éducation, sont exclues de nombreux emplois, ne peuvent pas voyager sans un homme de leur famille et se voient interdites de fréquenter parcs, installations sportives ou événements publics. Elles doivent se couvrir intégralement et ne sortir qu’en cas de nécessité absolue, toujours accompagnées d’un tuteur masculin. La situation s’est récemment encore aggravée.

Les Nations unies dénoncent un “cimetière pour les droits humains”

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a déclaré ce jeudi devant le Conseil des droits de l'homme à Genève : ”L'Afghanistan est un cimetière pour les droits humains.” Il a exhorté les “autorités de facto” à revenir sur le nouveau Code pénal et à mettre leurs textes en conformité avec les obligations internationales.

Selon lui, les femmes et les filles afghanes subissent une oppression systémique fondée sur le sexe, qui s’apparente à de la persécution, un système de ségrégation. Depuis le 7 septembre 2025, les autorités empêchent les femmes, y compris le personnel féminin de l’ONU, d’accéder aux locaux de l’organisation dans le pays.

“Je soutiens pleinement les efforts visant à codifier l’apartheid sexuel, parmi d’autres crimes, dans le projet de traité pour la prévention et la répression des crimes contre l’humanité. Il est essentiel de définir ce concept pour y mettre fin”, a-t-il ajouté.

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