Plusieurs prisons subissent lundi matin des blocages à l'appel d'un syndicat de surveillants pénitentiaires, l'Ufap-Unsa, pour demander des mesures d'urgence contre la surpopulation carcérale et les sous-effectifs.
Des actions regroupant plusieurs dizaines de personnes ont notamment lieu à Bois-d'Arcy (Yvelines), Lyon-Corbas ou Villeneuve-les-Maguelone (Hérault), empêchant parfois les extractions de détenus.
Dans les Hauts-de-France, des actions ont eu lieu "dans 14 établissements sur 17, et 11 étaient bloqués" lundi matin, a indiqué le secrétaire général régional UFAP-UNSA Thomas Vaugrand à l’AFP, réclamant un "plan d'urgence".
A Beauvais (Oise), Amiens (Somme), ou encore Douai (Nord) et Béthune (Pas-de-Calais) notamment, les entrées des établissements pénitentiaires étaient bloquées par du personnel, et des débrayages ont eu lieu.
Surveillants comme directeurs de prison alertent depuis des mois sur un système pénitentiaire au bord de l'explosion. Fin janvier, le Conseil de l'Europe avait dénoncé l'état de prisons françaises, surpeuplées et souvent insalubres, alertant sur le risque d'une évolution vers un "entrepôt humain".
Mois après mois, le record de surpopulation carcérale est battu. Selon les derniers chiffres officiels, le taux d'occupation global était au 1er mars de 137,5%, avec 87 126 détenus pour moins de 63 500 places.
"Loupés"
Le délégué Ufap-Unsa justice Stéphane Lecerf, surveillant pénitentiaire à la maison d'arrêt de Valenciennes, a illustré la situation en relevant que son établissement comptait 380 détenus pour 196 places.
"On a moins de temps à consacrer (aux détenus), donc il ne faut pas s'étonner qu'il y ait des loupés", a-t-il estimé, en insistant sur les conséquences sur "les services d'insertion, de probation, la comptabilité: tous les services sont impactés".
"Certains dossiers sont faits à la va-vite. Donc c'est très compliqué. Ça crée des grosses tensions", a ajouté le syndicaliste.
La France figure parmi les très mauvais élèves en Europe, seules la Slovénie et Chypre présentant des taux supérieurs mais avec des populations bien inférieures.
Au rythme actuel, avec environ une hausse hebdomadaire de 200 détenus et sauf mesure d'urgence, la barre des 90.000 incarcérés sera rapidement franchie. Et plusieurs syndicats s'inquiètent d'une montée des tensions l'été prochain, dans des cellules surpeuplées et mal isolées.
Parallèlement, l'Ufap-Unsa dénonce les sous-effectifs chroniques de surveillants, en comptabilisant 5.000 postes non pourvus.
Le syndicat espérait que le mouvement soit suivi dans la moitié des 190 établissements, alors que FO Justice, premier syndicat chez les surveillants, ne s'y est pas associé, estimant qu'il intervenait "trop tôt".
Prison modulaires
Un projet de loi en préparation a pour objectif de s'attaquer à la surpopulation carcérale et prévoit notamment de mettre un terme à la pratique des matelas posés au sol dans des cellules, faute de lits suffisants - il y en avait près de 7.000 au 1er mars. Aucun calendrier sur son dépôt, son examen et son adoption n'a été rendu public.
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a exprimé son hostilité à tout dispositif de régulation carcérale, dispositif qui prévoit, comme c'est le cas en Allemagne, qu'au-delà d'un certain seuil, une entrée en détention s'accompagne d'une sortie.
Le ministère de la Justice compte ouvrir 3 000 places supplémentaires dans des "prisons modulaires", dont la moitié dès 2027.
Ces établissement, plus rapides et moins chers à construire que les structures classiques, sont destinés à accueillir des détenus en fin de peine ou condamnés pour de courtes durées, alors que moins d'un tiers des 15 000 places de prison additionnelles prévues dans un plan national lancé en 2018 ont été livrées.
Gérald Darmanin s'est félicité la semaine dernière d'une hausse des expulsions de détenus étrangers, dans le cadre de libérations conditionnelles ou d'accords bilatéraux. Mais cela ne concerne qu'un nombre limité de prisonniers et ne saurait résoudre le problème, relèvent syndicats de surveillants et de directeurs de prison.






