Le visage soulagé, il tend les bras vers le ciel en compagnie de ses avocats. Ce jeudi 2 juillet 2026 dans la matinée, Dany Leprince a appris que son affaire allait être rejugée. “C’est extraordinaire de parvenir à obtenir cette révision, je remercie la cour et je remercie mes avocats”, évoque-t-il face à un parterre de caméras, avant d’adresser “une pensée” à sa famille. Son avocat, Olivier Morice, ajoute que cette décision est une “grande victoire” et que “c’est la 13e fois qu’un criminel condamné à une peine criminelle voit sa condamnation annulée. (...) Aujourd’hui, il n’y a plus de boucher de la Sarthe.” Le surnom collait en effet à la peau de Dany Leprince du fait de sa profession de boucher, combiné aux faits macabres de l’affaire dans laquelle il s’était retrouvé impliqué.
Elle remonte à 1994, dans la Sarthe. Dans une maison de la commune de Thorigné-sur-Dué, 1600 habitants, quatre corps sont découverts gisants dans une mare de sang, avec de multiples plaies. Les victimes ont été massacrées à coups de feuilles de boucher, un couteau servant à débiter de gros morceaux de viande. Seule Solène, âgée de deux ans au moment des faits, sera rescapée de ce drame. Très vite, les soupçons pèsent sur des membres de la famille, car aucune trace d’effraction n’est observée sur les lieux.
Cinq personnes sont alors mises en garde à vue : les parents de Christian Leprince, Robert et Renée, ses frères Alain et Dany et l'épouse de ce dernier, Martine (ils sont aujourd’hui divorcés).
Martine et la fille qu’elle a eu avec Dany Leprince finissent par l’accuser. L’homme reconnaît les faits, avant de se rétracter lors d’une reconstitution sur les lieux du drame. Des soupçons pèsent sur lui car il reconnaît avoir frappé son frère “à plusieurs reprises”. La personne qui garde aussi la jeune Solène relate aux autorités qu’elle a tenu les propos suivants : “Tonton pas gentil, il a fait bobo à papa et maman”.
L’homme est mis en examen pour homicides volontaires avec circonstances aggravantes et incarcéré. Selon le procureur, le mobile serait un “sentiment de jalousie” envers le frère retrouvé mort.
Dany Leprince est finalement condamné en 1997 à la prison à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans, pour ce quadruple meurtre. L'histoire pourrait s’arrêter là. Mais au cours des années, des procédures et de nouveaux éléments vont faire leur apparition.
Deux allers-retours en prison
Une première procédure se tient en 2010. Selon l’AFP, une commission de révision saisit à ce moment-là la Cour de révision. Il a donné un avis favorable à la libération de Dany Leprince, qui venait de passer 16 ans derrière les barreaux. Un an plus tard, en avril 2011, la Cour rejette la requête en révision et ordonne son retour en prison. L’homme quitte finalement la prison en 2012, placé sous libération conditionnelle après que la justice a levé la mesure de sûreté dont il faisait l’objet.
En 2014, une plainte est déposée pour meurtre et complicité de meurtre par le père des Leprince, Robert, contre l’ex-femme de Dany, Martine Compain. Cette dernière sera placée sous le statut de témoin assisté en 2024. En 2025, un couteau est découvert dans la buanderie de cette ex-femme. Il présente des traces d’ADN des victimes découvertes 30 ans plus tôt, ce qui remet en question sa version des faits. Mais elle n’est pas mise en examen pour autant.
Des faits nouveaux dans l’affaire
Selon les institutions, la révision peut être demandée lorsqu'une personne est condamnée et “qu'un fait nouveau apparaît ou qu'un élément inconnu au jour du procès est découvert après la condamnation”. Dans le cadre de cette affaire, deux choses sont entrées en compte d’après BFM. Le média évoque un communiqué de la Cour de révision, qui précise premièrement que la nièce Solène aurait été influencée dans son discours quand elle était enfant. “La nourrice de l’enfant était proche d’un gendarme ayant participé à l’enquête et que l’enfant avait pu être influencé par des conversations d’adultes”, indique la Cour.
Autre chose qui a joué en la faveur de Dany, c’est que son ex-épouse aurait simulé des problèmes de mémoire. “L’appréciation qu’a portée la cour d’assises sur la sincérité du témoignage de l’épouse est donc remise en cause”, ajoute la Cour dans le communiqué partagé par les médias.
Du côté des avocats de Dany Leprince, on anticipe désormais la suite de la procédure : un nouveau procès. “Il demeure Dany Leprince, présumé innocent et [il] va pouvoir être rejugé par une cour d’assises, celle du Maine-et-Loire”, conclut Olivier Morice.






