“Fais pas la fillette” : violences et sexisme dans les cuisines

Crédit photo : Romain Chambodut
Violences en cuisine, humiliations, remarques sexistes : Elles racontent aujourd’hui les violences qu’elles y ont subi.
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Les accusations visant le chef étoilé Jean Imbert ou encore René Redzepi, fondateur du Noma au Danemark, plusieurs fois élu meilleur restaurant du monde, ont ravivé le débat sur les violences physiques et psychologiques en cuisine. 

Mais derrière ces affaires médiatisées se cachent bien d'autres témoignages, comme ceux de Léa [prénom modifié] et Marie. 

La violence comme méthode de management

“Dégage ! Pousse-toi !”

Un chef se précipite pour récupérer son couteau. La lame frôle sa main. Personne ne réagit. En cuisine, ce genre de scène semble presque ordinaire. À seulement 22 ans, Léa décroche le stage dont rêvent tous les étudiants en école hôtelière : une expérience dans un restaurant étoilé. Elle imagine y apprendre l'excellence de la gastronomie, elle y découvrira surtout la peur. Quelques semaines suffiront pour briser une vocation construite depuis des années.

Derrière les portes de l’établissement, les insultes deviennent quotidiennes : “connasse”, “sale fillette”... Les violences physiques suivent : des coups d'épaule volontaires, des cuillères en bois lancées dans sa direction, des menaces répétées…

“Mon but, c'est de te mettre à terre et de te briser en mille morceaux. Moi, j'en ai chié, alors toi aussi, tu vas en chier.” En plein service, il hurle si fort qu'elle croit qu'il va la frapper : “J'étais tétanisée. Pour la première fois de ma vie, j'ai senti des gouttes d'urine couler dans ma culotte.”

Aujourd'hui, Léa ne cuisine plus. Pendant plusieurs mois, entrer dans une cuisine ou simplement toucher un couteau lui déclenchait des crises de panique.

“Évidemment, quand on est une femme, on prend encore plus cher”

L'histoire de Léa est loin d'être un cas isolé. Comme le résume la journaliste Nora Bouazzouni, autrice de “Violences en cuisine, une omerta à la française”, “tout le monde prend cher en cuisine. Évidemment, quand on est une femme (...), on prend encore plus cher”.

Aux violences déjà banalisées dans les brigades s'ajoutent alors des remarques sexistes et une remise en question constante de leur légitimité. Cette réalité se reflète jusque dans les postes à responsabilité.

À la tête de son propre restaurant Le Coq, à Juliénas (Bourgogne) depuis huit ans, Marie Dias nous confie que les remarques sexistes, c'est tous les jours.

“Les clients disent spontanément ‘Bonjour chef’ à l'homme de la pièce. Même lorsque je précise que c'est moi la cheffe, on me répond : ‘Bravo la cuisinière.’ Dans leur imaginaire, une femme est là pour assister le chef, pas pour être le chef.”

Alors que les femmes représentent aujourd'hui près de 40 % des effectifs en cuisine, elles ne dirigent que 45 des 636 restaurants étoilés Michelin en France, soit à peine 7 % des établissements selon les chiffres du Guide Michelin publiés en 2025. 

Un écart qui illustre la difficulté persistante pour les cheffes à accéder aux postes de direction. 

Une brigade 100 % féminine

Aujourd'hui, la brigade de Marie est composée uniquement de femmes. Un choix qu'elle assume après avoir accumulé les mauvaises expériences avec des collègues masculins.

Mais pour elle, le problème dépasse les individus.

Au fil des années, cette violence lui a été présentée comme une norme du métier.

“Je suis entrée en cuisine pour comprendre. Et en fait, c'est n'importe quoi. On peut être exigeant sans être violent.”

Marie a décidé de rompre avec ce modèle.

Son constat est simple : “Aucun métier ne devrait exiger la violence comme prix d’entrée. Et tant que les femmes ne parlent pas, le métier ne changera pas.”

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