Dawa Sherpa, 57 ans, a été retrouvé vivant jeudi fortuitement non loin du camp de base du sommet le plus haut de la planète (8.849 m), qu'il avait atteint avec le Britannique Chris Thrall le 29 mai.
Les routes des deux grimpeurs s'étaient séparées le lendemain pendant leur descente, d'après le récit de Chris Thrall. Le guide népalais a fait une pause pour se reposer et son compagnon de cordée a poursuivi sa route.
Porté disparu à près de 8000 m d'altitude, sa famille et ses proches l'ont considéré comme définitivement perdu.
"Je ne pensais pas m'en sortir vivant" a-t-il déclaré à la version népalaise de la BBC vendredi depuis son lit d'hôpital.
"Je pensais que j’allais mourir comme ça. Je ne me suis pas perdu. À mesure que l’oxygène s’épuisait, j’ai pris du retard. Une fois l’oxygène terminé, je ne pouvais plus marcher".
Abandonné dans des températures glaciales près de la "zone de la mort" de l’Everest, où le taux d’oxygène est extrêmement faible, Dawa Sherpa a déclaré avoir survécu plusieurs jours avec presque aucune nourriture ni eau.
"Je n’ai rien mangé pendant les deux premiers jours. Ensuite, j’ai commencé à ronger de la glace. Ça me faisait mal aux dents", a-t-il dit.
Il a survécu grâce à quelques chocolats et en-cas trouvés dans ses poches.
"Je les trempais dans l'eau et les mangeais," rapporte-t-il.
Celui qu'on surnomme "Hillary", d'après l'alpiniste légendaire Edmund Hillary, a raconté après son sauvetage être tombé dans une crevasse mais a pu s'en sortir.
Joie et colère
J'ai senti que je pouvais sortir "du trou", a-t-il déclaré.
"J'ai ensuite cherché des cordes, puis j'en ai trouvé une. Je l'ai agrippée et j'ai marché (...) j'ai finalement pu descendre."
Il rapporte avoir marché de jour comme de nuit vers le camp de base avant de croiser d'autres personnes une semaine plus tard.
Il a été retrouvé en train de ramper le matin du 4 juin et secouru par le Sagarmatha Pollution Control Committee (SPCC), une équipe népalaise qui aide à tracer les itinéraires sur l’Everest et à nettoyer les déchets laissés sur place.
Retrouvé exténué, déshydraté, les doigts gelés et une jambe fracturée, le grimpeur a été évacué par hélicoptère vers un hôpital de la capitale népalaise.
"Il va bien. Nous avons discuté", a déclaré sa fille Mendo Lhamu Sherpa à l'AFP.
La nouvelle de sa survie a suscité la joie parmi la communauté des alpinistes, mais aussi la colère de sa famille, qui ont accusé les équipes de secours de ne pas l'avoir retrouvé plus tôt.
Le président de l'Association des alpinistes du Népal a vivement dénoncé le comportement du grimpeur britannique qui l'accompagnait.
"En montagne, on se fait confiance et on s'aide. Il est irresponsable et inhumain de laisser quelqu'un seul", a tranché auprès de l'AFP Fur Gelje Sherpa. "Sa survie est miraculeuse et il faut qu'elle serve de leçon", a-t-il jugé, "une enquête doit déterminer les responsabilités".
Originaire du même village que Dawa Sherpa, l'alpiniste Rinji Sherpa l'a décrit comme un professionnel d'expérience, conscient des risques de la montagne.
"Il a eu beaucoup de chance. Il s'est déjà retrouvé dans des situations difficiles et il a survécu.", a-t-il assuré.






