Juillet 2024, Hillsborough, New-Jersey aux États-Unis, 11h20. Un couple entend un violent fracas, en plein cœur de sa maison. Instantanément, ils se précipitent vers la chambre principale, d’où émane de la poussière noire et une étrange odeur de soufre. “J’ai cru que les étagères s'étaient écroulées”, explique le propriétaire au New York Times. En entrant, sa femme et lui découvrent une pièce sens dessus, dessous, et les lattes de la toiture déchirées. Un trou - pas très grand - a pris place au plafond, comme si une balle de baseball avait traversé leur toit à toute vitesse. Mais au sol, ce n’est pas un objet comme les autres qui gît, mais des fragments de météorite vieille de la création de l’univers et contenant des matériaux de l’espace inédits.

15 juillet 2026. Deux ans plus tard, l’histoire est enfin rendue publique. La prestigieuse revue américaine Sciences Advances la révèle dans un article de recherche titré “La météorite au-dessus de New-York : un astéroïde primitif de type CM”, initié par la NASA, et signé par une quarantaine de chercheurs du monde entier. “C’est toute la communauté scientifique qui est excitée”, se réjouit Vincent Carré, chercheur français ayant participé à l’étude.
Plus d'1 kilo de météorite ramassé
Dans l’étude, on apprend que la trajectoire de la météorite est aussi spectaculaire que sa découverte : “Le 16 juillet 2024, à 15h17 UTC, une spectaculaire boule de feu a traversé le ciel de la région métropolitaine de New York, accompagnée d'un bang supersonique.” Avec une vitesse de 14,4 kilomètres par seconde, elle est deux fois plus rapide qu’un avion de chasse à plein gaz.
Après son impact, le couple a de bons réflexes : ils contactent directement un spécialiste de météorites et prennent soin de “préserver les fragments avec des gants jetables, du papier aluminium et des bocaux en verre afin d'éviter toute contamination”. Au total, environ 1,35 kg de météorite a été récolté.
“Nous avons presque immédiatement compris que ce qui nous était arrivé était extrêmement rare, et nous avons estimé qu'il était de notre responsabilité de préserver cette météorite pour la communauté scientifique”, confient à CNN les propriétaires de la maison, qui ont souhaité rester anonymes.
“C'est toujours irréel de penser que cette météorite a voyagé dans l'espace pendant des millions d'années avant de terminer sa course dans notre maison. Toute cette expérience a été extraordinaire, et nous sommes honorés d'avoir pu contribuer, à notre modeste niveau, à faire avancer les connaissances scientifiques grâce à son étude”, se réjouit le couple.
"Un échantillon exceptionnel"
Et ce sont bien de réelles avancées qu’a permis l’étude de cet astéroïde. Vincent Carré est chercheur en chimie analytique à l’université de Lorraine. Avec son laboratoire, ils ont analysé, avec un spectromètre de masse, un échantillon de la météorite pour comprendre sa composition précise. “C'est un peu comme dans la série Les Experts, mais en version astéroïde”, plaisante le scientifique.
Après des mois d’analyses et de calculs complexes, le comité de recherche international arrive à une conclusion des plus excitantes : cette météorite contient de la matière organique, et surtout des traces d’eau, présentes bien avant la création de notre chère planète Terre.
“Ce qui est original avec cet échantillon de New York, c‘est qu’il a été récupéré tout de suite après sa chute”, raconte Vincent Carré. “D'habitude, on découvre les météorites beaucoup plus tard, et elles sont potentiellement déjà altérées par l’eau, l'oxygène ou par des bactéries. Là, ces fragments de météorites ont été récupérés avant qu’il commence à y avoir des modifications, ce qui en fait un échantillon exceptionnel. Ça nous a permis d'observer la présence de zones riches en sel hydraté dans le cœur de la météorite, qui montrent que des fluides, notamment l'eau, y ont circulé. Et ça, c’est une nouveauté sur ce type d'échantillon."

“À l’intérieur de cette météorite, et donc de l'astéroïde carboné, on retrouve des composés, marqueurs du début du système solaire, ce qui est fascinant ! On est donc face à une composition primitive”, analyse le scientifique. “On a pu le comparer à d’autres prélèvements faits directement dans l’espace, et on retrouve une signature proche, ce qui renforce l'idée que des réactions chimiques complexes ont lieu dans ces astéroïdes, impliquant l’eau, les sels et des matières organiques toujours plus complexes, avant même la formation de la Terre”.
Forcément, face à ces marques d’eau, une question s’impose : sont-elles la preuve que la vie est possible au-delà de notre planète ? “Ça, on ne sait pas !”, rigole le chercheur quand on lui pose la question. “Mais c’est ce genre de question sur l’origine de la vie qui rend cette trouvaille excitante. On a face à nous des traces organiques qui datent de la création de l’univers. Cette découverte, c’est pour tous ceux qui sont intéressés par d’où l’on vient.”.






