Inexpérimentés, habités par un sentiment d'impunité : la mort de deux citoyens américains à Minneapolis sous les balles de la police de l'immigration, bras armé de l'offensive antimigrants de Donald Trump, ravive les critiques autour de la formation de ses agents.
Les décès de Renee Good et Alex Pretti, une mère de famille et un infirmier âgés de 37 ans, tous deux abattus à moins de trois semaines d'écart alors qu'ils étaient témoins de ces vastes opérations menées dans la rue et en plein jour soulèvent "de sérieuses questions au sein de l'administration (américaine) quant à (...) la formation de la police de l'immigration et aux instructions données aux agents pour mener leur mission", pointe la sénatrice républicaine Lisa Murkowski.
Minneapolis (nord) est depuis plusieurs semaines l'épicentre des opérations de la police de l'immigration (ICE) voulues par Donald Trump, qui a fait du sujet une des priorités de son second mandat. Des agents de la police aux frontières (CBP) y ont aussi été dépêchés en renfort.
Le gouverneur démocrate du Minnesota Tim Walz a appelé à "retirer ces 3 000 agents pas formés avant qu'ils ne tuent quelqu'un d'autre".
"Ces agents masqués et pas formés ne rendent pas nos quartiers plus sûrs. Ils occupent nos villes, incitent à la violence, et violent la Constitution", s'indigne la gouverneure du New Jersey, Michelle Sherrill, également élue démocrate, sur X.
"Formation optimisée"
Campagne nationale de recrutement, promesses de primes de dizaines de milliers de dollars, budget qui explose... En quelques mois, les effectifs de la police de l'immigration ont plus que doublé, grimpant de 10 000 à 22 000, selon des chiffres du ministère de la Sécurité intérieure (DHS).
Initialement d'une durée de cinq mois environ, leur "formation standard" en centre d'entraînement a été écourtée à 42 jours. L'administration Trump défend dans un communiqué publié jeudi avoir "optimisé la formation pour éliminer les redondances et intégrer les avancées technologiques sans sacrifier le contenu fondamental du programme".
Leur apprentissage se concentre sur les "techniques d'arrestation, les tactiques de défense, la gestion du conflit et des techniques de désescalade, la politique de recours à la force et son utilisation appropriée" ainsi que le "maniement des armes à feu", énumère le DHS, qui dénonce des "calomnies et mensonges qui ne font qu'attiser la peur et la division".
Le magazine américain The Atlantic évoque pourtant le cas de nouvelles recrues "qui auraient été écartées au cours d'un processus de recrutement normal" ou "inaptes physiquement" rapporté par un responsable d'ICE ayant requis l'anonymat.
Abdinasir Abdullahi, citoyen américain d'origine éthiopienne rencontré par l'AFP dans les rues de Minneapolis, évoque des policiers qui ne lui semblent "pas professionnels". Un autre habitant de la ville, chauffeur de taxi ne souhaitant pas communiquer son nom, perçoit une "mentalité mercenaire".
"Situation à haut risque"
Selon les autorités fédérales, ce sont des policiers expérimentés qui ont tiré contre Renee Good et Alex Pretti. Dans ce deuxième cas, il s'agit toutefois d'un agent de la police aux frontières.
Ancien directeur d'ICE sous la présidence de Barack Obama, John Sandweg insiste sur le manque de préparation de ce corps de police face à des manifestants et accuse le DHS de "créer une situation à haut risque".
"C'est tellement éloigné de leur expérience habituelle. Ils travaillent dans l'Arizona, au milieu du désert, au milieu de la nuit", décrit-il. "Ils sont formés à opérer dans un environnement complètement différent."
"Ces agents n'ont jamais à se confronter à ce genre de situation", poursuit-il.
"Vous envoyez ces agents en masse, dans une ville comme Minneapolis, vous les encouragez, vous leur parlez d'immunité absolue, vous leur dites qu'ils ont face à eux des terroristes intérieurs, que tout ce qui les empêche d'agir est un crime, et c'est ce à quoi il faut vous attendre", déplore l'ancien dirigeant.
Le maire démocrate de Minneapolis, Jacob Frey, a annoncé que des agents allaient commencer à quitter la ville mardi.








