Un peu d’histoire pour commencer
En 1976, l’Académie des César, aussi appelée Académie des Arts et Techniques du Cinéma, voit le jour pour honorer les meilleures productions françaises. Elle devient alors l'organisme chargé du vote des films qui sont en compétition. Avec 4955 membres (chiffre de 2026), elle est composée de deux grandes catégories de l’industrie cinématographique. D’une part, la plus conséquente comprend 80% des membres, qui sont directement liés à la conception des films (réalisation, interprétation, montage…) Les 20% restants font partie des branches de la distribution, de l’exploitation, mais peuvent aussi être des agents ou encore des attachés de presse.
Pour préserver la confidentialité, la liste des jurés demeure secrète. Nous avons pu néanmoins nous entretenir avec quelques académiciens membres de l’organisme depuis plusieurs années. Sous couvert d’anonymat, un directeur de production nous explique que devenir académicien n’est pas accessible à tous et doit nécessiter le respect de certaines conditions : “Tous les techniciens ne peuvent pas faire partie de l’Académie des César, il faut en faire la demande. Et seuls les chefs de poste sont éligibles.” Un acteur, aussi membre de l'Académie, complète : “Nous devons soumettre un dossier comprenant une lettre de motivation, deux lettres de parrainage de membres de l’Académie et un CV retraçant notre parcours dans le cinéma.” Une fois membres de ce cercle privilégié de l’industrie du cinéma, les académiciens peuvent s’adonner à leur activité favorite : voter pour élire les grands gagnants de l’année.
Afin de faciliter la procédure de vote, chaque membre de l’Académie des César possède des accès lui permettant de regarder les 232 films (cette année) en compétition sur une plateforme dédiée. S’ils ne sont pas obligés de visionner l’intégralité des films, il est fortement recommandé d’en avoir vu un certain nombre. Un directeur de production nous explique : “Nous ne sommes pas tenus de regarder tous les films, mais entre le premier et le deuxième tour, j’essaye de voir les films nommés. Pas par obligation mais par choix.”
Les votes se sont donc déroulés en deux temps. Le 6 janvier dernier, les votants ont été amenés à attribuer entre trois et cinq nominations dans les 24 catégories demandées. Le 28 janvier, l’annonce des nominations a été rendue publique. À la suite de cela, le 4 février, le second tour du vote s’est ouvert. Il a permis à chaque membre de voter une dernière fois pour le film qu'il souhaitait voir remporter le prix. Le vote s’est clôturé, hier, à la veille de la cérémonie.
Des critères de sélection orientés ?
Depuis plusieurs années, l’Académie des César essuie de nombreuses critiques quant à la composition des membres de celle-ci. Parmi les plus connues, on retrouve la problématique de l’entre-soi, le manque de parité ou encore l’inaction face aux accusations d’agressions sexuelles.
Pour faire face à ces plaintes, l’Académie des César a opté pour certains changements. En janvier 2025, l’Académie adoptait une réforme visant à suspendre tout membre mis en cause dans une affaire de violences sexistes et sexuelles, et en 2026, avec 43% des artistes nommés, la part des femmes a progressé de dix points par rapport à l’an dernier, atteignant un niveau décrit comme historique par le Collectif 50/50.
Mais qu’en est-il de la question de l’entre-soi des membres de l’Académie ? La persistance de cette problématique alimente les critiques et interroge l’impartialité des choix opérés pour les films. Selon plusieurs académiciens des César s'étant exprimés anonymement, les choix des lauréats obéissent souvent à des logiques de réseau et d’amitié. Interrogée, une productrice explique : “Au premier tour, j’ai tendance à voter pour les films de mes amis producteurs, réalisateurs, acteurs… Mais au second tour, c’est un choix de cœur.” Un directeur de production, membre de l’Académie des César, ajoute : “Plus la personne a des connaissances, plus elle a des chances de gagner certains prix. Je n’ai jamais été très étonné des films récompensés.”
Contacté par notre rédaction, le président de l’Académie des César, Patrick Sobelman, a lui aussi répondu à nos questions, notamment à celle de l’entre-soi : “ Bien sûr que l’affection compte dans le processus de vote, mais cela reste marginal. Parmi les 5000 votants, seulement 4000 votent. Alors même si certains ont des centaines d’amis, cela représente un faible pourcentage de votes.”
Pour répondre à cette problématique, le président assure avoir mis en place des mesures visant à garantir une plus grande impartialité. Il nous explique : “Cette année, nous avons opté pour un nouveau dispositif de vote pour les 6 César techniques (costumes, décors, effets visuels, montage, photo, son). Dans chacune des 6 catégories, le vote de ceux qui exercent le métier compte double. Car qui connaît mieux son métier que celui qui l’exerce ?” Cette nouveauté vient s’ajouter au dispositif déjà mis en place il y a deux ans : des vidéos pédagogiques “témoignages” pour mieux comprendre les métiers techniques du cinéma. Des initiatives visant à voter plus justement et évitant les choix de vote dits par “cooptation”.
Mais cette problématique est-elle réellement propre à l’Académie des César ? Non, si l’on regarde ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique à l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, organisme qui décerne les Oscars. En effet, depuis de nombreuses années, les polémiques autour de cette Académie pullulent : manque de diversité, racisme, misogynie, absence de renouvellement des membres… Des raisons qui ont poussé plusieurs stars à se révolter, comme le cinéaste Spike Lee ou encore l’actrice Jada Pinkett Smith, qui ont boycotté la soirée des Oscars en 2016.
Des académies au cœur de tous les débats qui continuent néanmoins à faire rêver des millions de personnes. Mais alors, qui seront les lauréats de cette année ? Pour le découvrir, rendez-vous ce jeudi 26 février à 21h sur Canal+.







