Michel-Ange et Rodin : le Louvre réunit deux géants de la sculpture

Crédit photo : 2026 Musée du Louvre. Ravith Trinh
Ils ne se sont jamais croisés. Quatre siècles les séparent. Mais du 15 avril au 20 juillet, le Louvre les fait dialoguer dans une grande exposition.
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Rodin avait 36 ans quand il a découvert Michel-Ange. C’était en 1876, à Florence. Face aux tombeaux des Médicis, il écrit à sa compagne qu’il n’a jamais rien vu de pareil. Il parle d’un “magicien”. Cinquante ans plus tard, à sa mort, il laisse derrière lui une œuvre entière hantée par le sculpteur italien.  

C’est ce lien, fait d’admiration et de rivalité silencieuse, que le Louvre met en scène dans Corps vivants, avec plus de 200 œuvres réunies sous la Pyramide. 

Deux révolutions, un même sujet

Michel-Ange et Rodin ont bouleversé leur époque en  traitant le corps non pas comme une forme mais comme une vie. Chez le premier, les muscles se tordent et semblent vouloir sortir du marbre. Ses contemporains parlaient de terribilità, cette force un peu inquiétante de donner vie à la pierre. Chez Rodin, quatre siècles plus tard, le corps devient incomplet et déséquilibré, parfois réduit à un torse sans tête ni bras. Un scandale à son époque, un point de départ pour la sculpture moderne aujourd’hui. 

Les deux responsables de l’exposition, Chloé Ariot (musée Rodin) et Marc Bormand (musée du Louvre), ont réuni des chefs-d’œuvre qui ne voyagent presque jamais : L’Esclave mourant et L’Esclave rebelle de Michel-Ange face à L’Âge d’airain et Adam de Rodin, un petit Christ en croix en bois prêté par la Casa Buonarroti de Florence, ou encore des dessins à la craie rouge venus du British Museum. 

Auguste-RODIN-âge-airain

Crédit : Musée Rodin

Un héritage toujours vivant 

Le geste le plus fort de l’exposition, c’est peut-être d’avoir refusé de s’arrêter à 1917. des artistes contemporains prolongent la réflexion à côté des marbres et des bronzes. 

Giuseppe Penone expose Albero di 7 metri (“Arbre de 7 mètres”), une poutre de bois retaillée pour retrouver l’arbre d’origine caché à l’intérieur. Jana Sterbak expose aussi Vanitas, une robe de viande crue cousue sur un mannequin, critique directe des pressions qui pèsent sur les corps féminins. Joseph Beuys, lui, montre un piano recouvert de feutre, objet devenu corps muet. 

L’exposition se termine sur une vidéo de Bruce Nauman, Marcher le long d’une ligne : une homme seul dans son atelier, qui tente de tenir en équilibre sur une ligne invisible. 400 ans après Michel-Ange, la sculpture continue avec d’autres outils. 

Et au cinéma ? 

En écho, l’auditorium Michel Laclotte propose du 24 avril au 17 juin un cycle de sept films sur le corps à l’écran. 

On y verra Beau travail de Claire Denis, et ses légionnaires filmés comme des statues qui transpirent sous le soleil de Djibouti (la réalisatrice sera présente le 24 avril), Médée de Pasolini, avec Maria Callas en reine tragique, La Belle Noiseuse de Jacques Rivette, quatre heures dans l’atelier d’un peintre qui épuise Emmanuelle Béart pour faire naître une image, ou encore La Passion de Jeanne d’Arc de Carl Th. Dreyer (1928), projetée avec une bande-son mixée par le DJ Prieur de la Marne. 

Également au programme :  L’Année dernière à marienbad de Resnais, La Belle et la Bête de Cocteau, Le Mariage de Maria Braun de Fassbinder, et une rencontre avec Iris Brey (Sex and the Series, Le Regard féminin) et Hortense Belhôte sur la manière dont les femmes artistes filment leur propre corps. 

Sept films, deux sculpteurs, une seule question qui traverse les siècles : qu’est-ce qui rend le corps vivant ? 

Infos pratiques

Michel-Ange Rodin. Corps vivants, du 15 avril au 20 juillet 2026, Hall Napoléon, musée du Louvre. Ouvert de 9h à 18h, nocturne jusqu'à 21h le mercredi et le vendredi, fermé le mardi. Gratuit pour les moins de 26 ans résidents de l'UE.

Le corps à l'écran, du 24 avril au 17 juin 2026, Auditorium Michel Laclotte. 10€ plein / 7€ réduit / 5€ jeune.


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