Dissuasion nucléaire de la France : 9 choses à retenir du discours d'Emmanuel Macron

Reuters
Le chef de l'Etat a annoncé l'augmentation du nombre de têtes nucléaires de l'arsenal français et le nom d'un futur sous-marin nucléaire lanceur d'ogives, "l'Invincible". Il a également exposé la manière dont la dissuasion nucléaire française peut contribuer au renforcement de la sécurité en Europe. Voici ce qu'il faut retenir de ce discours très attendu.
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"Je me tiens devant vous avec gravité". Emmanuel Macron a exposé ce lundi la manière dont la dissuasion nucléaire française peut contribuer au renforcement de la sécurité en Europe face à la "brutalisation" croissante du monde et à un allié américain de plus en plus incertain.

Un enjeu brusquement remis en lumière par l'offensive israélo-américaine en Iran ce weekend, avec en arrière-plan la crise du nucléaire iranien, qui secoue tout le Moyen-Orient et par ricochet la communauté internationale.  

Le chef de l'Etat a pris la parole dans le sanctuaire de la dissuasion nucléaire française, l'Île Longue, qui abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de la Force océanique stratégique, face à Brest (Finistère).

Chaque mot était scruté de près alors que la France demeure, avec le Royaume-uni, l'une des deux seules puissances nucléaires d'Europe et que les doutes grandissent quant à l'engagement américain sur le continent.

Voici ce qu'il faut retenir :

1. "Prix insoutenable" à payer

"La dissuasion doit demeurer un intangible français", a déclaré Emmanuel Macron. "J'en suis le garant. Je suis venu vous dire mon attachement et celui de la nation à la poursuite de cette mission fondamentale. Notre dissuasion est robuste et efficace. Ceux qui auraient l'audace de s'en prendre à la France savent le prix insoutenable qu'il y aurait pour eux à payer."

2. "Dissuasion avancée"

Emmanuel Macron a annoncé que la France entrait de façon "progressive" dans une nouvelle étape de sa dissuasion nucléaire, qu'il a qualifiée de "dissuasion avancée".

"Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j'appellerai une dissuasion avancée", a déclaré le président français.

"Nous vivons actuellement au plan géopolitique une période de rupture pleine de risques et nos compatriotes en ont pleinement conscience. Cette période justifie un durcissement de notre modèle", a justifié Emmanuel Macron.

3. Alliés américains

"Nos alliés américains modernisent leur arsenal et jouent un rôle clé dans la défense de l'Europe. Ils participent directement à notre protection avec la mission nucléaire de l'Otan", a noté Emmanuel Macron.

"Mais leur stratégie manifeste un réagencement des priorités. Il faut prendre davantage en main notre destin : je ne dis pas autre chose depuis le premier jour de mon premier mandat."

4. "L'Invincible" en 2036

"Nos futurs sous-marins stratégies ont été mis en chantier. Très peu de nations sont capables de construire de tels sous-marins nucléaires, aussi discrets que performants, capables de frapper en tout point nos agresseurs potentiels. Le futur sous-marin nucléaire lanceur d'ogives se nommera 'L'Invincible' et naviguera en 2036", a révélé le chef de l'Etat.

5. Augmentation du nombre de têtes nucléaires

La France va augmenter le nombre de ses têtes nucléaires, a annoncé Emmanuel Macron.

La France ne communiquera plus sur les chiffres de son arsenal nucléaire, "contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé", a ajouté le président français. Mais "il ne s'agit pas ici d'entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n'a jamais été notre doctrine", a-t-il précisé.

"La chaîne de commandement est d'une clarté totale et la décision ultime" de déclencher le feu nucléaire "revient au seul président de la République", a par ailleurs réaffirmé Emmanuel Macron.

6. "Embrasement possible" à nos frontières

La guerre contre l'Iran, déclenchée par les Etats-Unis et Israël, "porte et portera son lot d'instabilité et d'embrasement possible à nos frontières", a affirmé Emmanuel Macron.

Evoquant les risques liés à "un Iran aux capacités nucléaires et balistiques non encore détruites", le président français a ajouté qu'il "reviendrai(t) dans les prochains jours" sur ce sujet.

Dimanche, il avait déjà annoncé que la France allait "rehausser (sa) posture et (son) accompagnement défensif" après les frappes iraniennes contre des pays du Golfe, notamment les Émirats arabes unis où un hangar d'une base française a été touché.

7. Huit pays dans la dissuasion avancée

Huit pays européens "ont accepté" de participer à la "dissuasion avancée" proposée par la France : le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark, a indiqué Emmanuel Macron.

Ces pays pourront notamment accueillir des "forces aériennes stratégiques" de l'armée de l'air française, qui pourront ainsi "se disséminer dans la profondeur du continent européen" pour "compliquer le calcul de nos adversaires", a expliqué le président français.

La "dissuasion avancée" pourra également impliquer du signalement, c'est-à-dire la démonstration des capacités nucléaires, "y compris au delà de nos frontières strictes", ou encore "la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires", comme les exercices militaires auxquels les Britanniques ont déjà été associés récemment, a ajouté Emmanuel Macron.

8. Les règles, "un champ de ruines"

L'architecture mondiale de maîtrise des armes nucléaires est tellement affaiblie qu'elle s'apparente à un "champ de ruines", a déclaré lundi Emmanuel Macron, rappelant que plusieurs traités internationaux sont désormais inopérants ou menacés.

"Le champ des règles est un champ de ruines", a déclaré le président de la République dans un discours sur la dissuasion nucléaire, regrettant que la dégradation internationale "se prête assez peu à la confiance qu'il faut pour rebâtir les normes de sécurité collective".

9. "Un âge d’armes nucléaires"

Au terme de son discours, Emmanuel Macron a invité son assistance "à prendre conscience de tout ce que [la base de l’Ile longue] signifie dans toutes ses dimensions : masses, puissance, indépendance donc, et j’ajouterai solidarité stratégique. Ce que vous avez sous les yeux est un héritage précieux dont nous sommes les dépositaires et que nous continuerons à faire vivre avec ténacité".

Il a estimé s’être "fermement engagé, depuis 2017, dans le renouvellement de nos forces stratégiques, et je m’y emploierez jusqu’au terme de ce mandat" en 2027, alors que selon lui "le demi-siècle qui vient sera un âge d’armes nucléaires."

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