Incendie à Crans-Montana : le propriétaire du Constellation, Jacques Moretti, placé en détention provisoire pour trois mois

Fabrice COFFRINI / AFP
Après une audition de plus six heures, le ministère public du canton du Valais avait demandé vendredi au Tribunal des mesures de contrainte la mise en détention provisoire de Jacques Moretti, mis en cause dans l'enquête ouverte après la tragédie qui a fait 40 morts et 116 blessés.
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Un tribunal du canton suisse du Valais a ordonné lundi le placement en détention provisoire du Français Jacques Moretti, copropriétaire avec son épouse du bar de la station de ski de Crans-Montana incendié la nuit du nouvel an, "pour une durée initiale de trois mois".

Le Tribunal des mesures de contrainte (TMC) du canton du Valais a expliqué dans un communiqué avoir pris cette mesure "en raison de l'existence d'un risque de fuite, seul risque invoqué par le ministère public" valaisan.

Mais il se dit "disposé à lever la détention provisoire moyennant diverses mesures demandées subsidiairement par le ministère public, dont notamment le versement de sûretés, ces mesures apparaissant adéquates pour contrer le risque de fuite".

Le couple de Français, mis en cause dans l'enquête ouverte après cette tragédie qui a fait 40 morts et 116 blessés, a été entendu vendredi par le ministère public valaisan.

La décision prononcée par le tribunal permettra à M. Moretti, "une fois les conditions réunies, de recouvrer la liberté", ont indiqué ses avocats, dans un communiqué, soulignant "l'engagement inconditionnel" du couple "de ne pas se soustraire" à la justice.

Le ministère public avait demandé au tribunal "la mise en détention provisoire du gérant", estimant que le risque de fuite était "concret".

Cette privation de liberté était réclamée depuis des jours par les avocats des familles des victimes.

Au sujet de Jessica Moretti, le ministère public a estimé vendredi que "vu son parcours et ses attaches personnelles (...) une demande de mesures de substitution permettait de pallier le risque de fuite".

"Nous ne pouvons donc qu'être très imparfaitement satisfaits du placement en détention provisoire, pour l'heure, du seul exploitant", a réagi auprès de l'AFP Me Sébastien Fanti, qui représente quatre familles de blessés.

Me Romain Jordan, qui représente plusieurs familles, n'a pas souhaité faire de commentaire. "Mes mandants se préoccupent en revanche beaucoup du risque de voir des preuves détruites ou altérées, des témoignages influencés ou pollués. Quelles sont les mesures prises pour y pallier ?" a-t-il relevé.

Me Jean- Luc Addor, avocat de la famille d'une victime, a déploré que le ministère public ne prenne pas en compte le "risque de collusion".

"Négligence"

Alors que la conduite de l'enquête par le ministère public valaisan fait l'objet de nombreuses critiques des proches des victimes, l'avocate Miriam Mazou, qui représente une famille, a annoncé lundi qu'elle demandait la nomination d'un procureur extraordinaire hors canton du Valais.

"Dans un drame d'une telle ampleur cela se justifie", d'autant que "des responsabilités au niveau des autorités vont devoir être investiguées", a-t-elle déclaré au journal du soir de la télévision suisse RTS.

D'après les premiers éléments de l'enquête, le drame a été provoqué par des bougies étincelantes entrées en contact avec une mousse acoustique posée au plafond du sous-sol de l'établissement.

Des interrogations portent aussi sur la présence et l'accès aux extincteurs, et la conformité des voies de sortie de ce bar, Le Constellation. Le couple est soupçonné d'"homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence".

Au terme de l'instruction ouverte, le ministère public décidera de classer l'affaire ou d'émettre un acte d'accusation en vue d'un éventuel procès. En attendant, la présomption d'innocence prévaut.

Le couple de Français avait déjà été entendu par les enquêteurs, quelques heures après le drame "à titre de personnes appelées à donner des renseignements".

Jacques Moretti avait alors expliqué aux enquêteurs avoir découvert juste après l'incendie qu'une "porte de service" était "verrouillée de l'intérieur", selon des extraits de procès verbaux publiés par plusieurs médias français et suisses, dont l'authenticité a été confirmée à l'AFP de source proche du dossier.

Il a raconté avoir retrouvé plusieurs personnes étendues derrière cette porte après l'avoir ouverte.

La commune de Crans-Montana a de son côté reconnu qu'aucune inspection sécurité et incendie du bar n'avait été effectuée depuis 2019, suscitant la consternation de certaines familles.

Elle a renoncé à se porter partie plaignante dans l'affaire mais vise à être "partie à la procédure" afin d'accéder au dossier, assister aux auditions et pouvoir poser des questions aux personnes interrogées, ont rapporté la télévision suisse RTS et l'agence de presse suisse Keystone-ATS lundi.

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