Jeux des dopés : les “Enhanced Games” ne battent qu’un seul record du monde

IMAGN IMAGES via Reuters Connect
Dimanche 24 mai 2026 se tenait la première édition des “Enhanced Games” à Las Vegas. Le concept : des Jeux olympiques où les participants ont le droit aux stéroïdes, donc de se doper. Un seul athlète parmi la quarantaine a réussi à battre un record du monde. L’événement interroge la communauté sportive, et soulève de nombreux enjeux éthiques.
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Un record du monde a été battu en natation dimanche 24 mai à Las Vegas. Le nageur grec Kristián Goloméev a effectué le 50 m nage libre en 20 secondes 81, soit sept centièmes de secondes de moins que l’Australien Cameron McEvoy (20"88s). Et pourtant, ce record n’est pas reconnu par les instances internationales du sport. La raison est simple : le nageur grec a préparé durant plus de huit semaines sa performance à l’aide de produits dopants.

Car c’est une compétition singulière à laquelle il participait ce jour-là : les Enhanced Games. Dans cet événement, le dopage est possible, voire encouragé. C’est du moins ce que vantent les vidéos en ligne et le site internet de cet événement international. Une liste exhaustive de produits a même été diffusée en ligne d’après France info. Testostérone, progestérone, EPO, Liothyronine, Propranolol… La pharmacie des sportifs est (presque) sans limite.

Outre la gagne, la garantie d’un prix exceptionnel est aussi ce qui peut stimuler un sportif à participer. Pour sa performance et son record, le nageur Kristián Goloméev va toucher une belle somme : un million de dollars. C’est la récompense promise pour toute personne qui bat un record du monde dans le cadre des Enhanced Games. Des primes allant jusqu’à 250 000 dollars sont également accordées pour toute victoire.

Une pratique dangereuse pour la santé

Dans une vidéo publiée il y a quelques jours sur notre chaîne YouTube, notre journaliste Lucas revenait sur l’importance et les dessous de ce curieux événement. 
S’il est pour les organisateurs un moyen de repousser les limites du sport, il est avant tout décrié par la communauté scientifique. Au micro de Brut., Maryse Lapeyre-Mestre, pharmaco-épidémiologiste à l’université de Toulouse, rappelle que ce concept de Jeux olympiques dopés, “c’est un peu jouer à l’apprenti sorcier. Les stéroïdes favorisent les atteintes aux artères et donc, au bout d’un certain temps, le risque va augmenter pour la santé” assure-t-elle.

Si les Enhanced Games assurent un suivi pour 5 ans des athlètes, le pharmacologue et clinicien Jules Heuberger précise que “les drogues ne sont pas testées” dans un cadre adéquat. Toujours dans la vidéo de Lucas explique, on apprend que ce processus de dopage est “contrôlé” par les organisateurs, avec un programme et des médecins opérateurs. Mais ce processus n’est pas assez scientifique pour Maryse Lapeyre-Mestre. “Il n’y a pas de comparaison avec un groupe placebo, ce qui est la base” souligne-t-elle.

Une logique marketing loin des valeurs du sport

Pour Olivier Rabin, directeur principal, science et médecine au sein de l’agence mondiale antidopage interrogé par France info, “il y a une marchandisation de l’individu (...). Cet événement est utilisé pour un spectacle, sans prendre en compte que le sportif retournera à la vie civile un jour” plaide-t-il. "Cette banalisation des produits est une vraie source d'inquiétude. Elle envoie un message dangereux, notamment aux jeunes, en sous-entendant que cette pratique peut être sans conséquence. Ce qui est faux" ajoute de son côté Abdulkarim Tutakhail, docteur en neuropharmacologie et directeur d'un diplôme universitaire sport-santé-dopage à l'université Paris-Saclay.

Dans une approche mercantile, le site de Enhanced Games va jusqu’à vendre des produits dopants, parfois plusieurs centaines de dollars. “Ça c’est de la vitrine, l'offre est d’être comme [les sportifs]. Ce qui n’est pas possible. Je me mets à la place des gens les plus vulnérables, c’est dangereux” dénonce Maryse Lapeyre-Mestre au micro de Brut. “C’est juste du marketing. C’est une manière de vendre des produits (au plus grand nombre)” ajoute de son côté Martin Chandler, de l’université de Birmingham.

La structure organisatrice se défend en assurant que tout est encadré, et que les performances peuvent évoluer grâce à leur opération. “Au lieu de faire du 100 kg au développé couché, je faisais du 120 kg” assure un nageur participant à Brut. Il n’empêche que la presse anglophone est unanime : les résultats ne suivent pas. “Ces résultats soulèvent des questions tant sur l’efficacité des produits dopants que sur le niveau des athlètes qui ont rejoint la compétition” atteste le Télégraph. La BBC rappelle que Max Martin, cofondateur des Enhanced Games, avait prédit une succession de records lors de cette compétition. Force est de constater qu’il avait tort pour cette première édition.

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