Penser demain : l'identité selon Mahir Guven

"On confond, je pense, la question de la culture avec ce qu'on appelle l'identité." Penser l'identité d'une manière unique et voir toutes les facettes d'un individu, c'est l'idée que défend Mahir Guven pour anéantir le racisme. #PenserDemain Épisode 3.

Penser demain avec Mahir Guven : la question de l’identié

Pour l’écrivain français d’origines turque et kurde Mahir Guven, on confond aujourd’hui la culture et l'identité. Cette question l’a taraudé toute sa vie. Il raconte.

« Aujourd'hui, on pense l’identité de manière exclusive. On est français, on est italien, on est corse. Alors que penser l'identité de manière unique, c'est voir toutes les facettes d'un individu et c'est anéantir le racisme. L'identité, c'est quelque chose d'unique, c'est lié à un seul individu », affirme Mahir Guven. Pour Brut, l’écrivain décortique le concept polysémique d’identité, qui, quand il est mal utilisé, peut servir le discours raciste.

« Est-ce que t'es plutôt turc, plutôt kurde ? »

On confond, je pense, la question de la culture – il y a des cultures nationales, il y a des cultures régionales, il y a des cultures liées à des géographies – et ce qu'on appelle l'identité. Quand on demande aux gens ce qu'ils sont, on est habitué à entendre « je suis breton », « je suis corse », « je suis vendéen », « je suis allemand », « je suis turc », « je suis algérien », etc. Y compris parfois sur l'orientation sexuelle : on va dire « bah lui, c'est un homo ».

C'est vrai que moi, ça m'a posé beaucoup de problèmes dans ma vie parce que ça revenait à une question très simple de devoir trancher, je devais choisir entre mon père et ma mère. Et ça, quand j'étais enfant, c'était impossible d'autant plus quand c'est la famille de ma mère qui me demandait : « Est-ce que t'es plutôt turc, plutôt kurde ? »

« L'expression « Français de souche » est fausse de plusieurs manières »

C'est vrai que c'était compliqué, d'autant plus quand tu te sens français parce que t'as grandi en France. Tu parles français et tu as une culture française en toi. Moi, je suis né à Nantes en 1986, mes parents étaient réfugiés politiques. Ma mère est turque, mon père est kurde. Moi, quand j'étais enfant, je n'avais pas de nationalité et. Quand on me demandait ce que j'étais, j'avais des difficultés.

Quand je regarde autour de moi, beaucoup de gens nés en France ou qui ont grandi en France sont seulement français ou français de souche. L'expression « Français de souche », elle est fausse de plusieurs manières. La première, c'est qu'elle est fausse syntaxiquement, c'est-à-dire qu'une souche, c'est pour parler d'un arbre. Les individus ne sont pas des arbres. La deuxième, c'est qu'il n'y a pas de gène français, ça n'existe pas. Il n'y a pas de gène allemand, non plus. Donc il n'y a pas de souche.

« Je suis un Français d'héritage »

J'ai essayé de réfléchir à comment on pourrait dire différemment : je dis « Français d'héritage » maintenant. Parce qu'il y a des gens qui héritent de la nationalité, et des « Français de désir ». Moi, par exemple, je suis un Français d'héritage parce que ma mère a eu la nationalité française. Elle l'a eue quand j'avais 14 ans. Moi, j'en ai hérité, mais ma mère est une Française de désir. Elle a demandé à être française. Je me dis que poser des mots sur les choses et inventer des concepts, c'est ma manière de combattre le racisme.

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Brut.
14 mai 2020 16:08